Ça tangue pour Rock en Seine
La rédaction | 10 avril 2026 - Saint-Cloud

Le festival Rock en Seine au Domaine de Saint-Cloud / © Rock en Seine (Facebook)
Saint-Cloud et la Région coupent les vivres au festival après la programmation controversée de Kneecap en 2025. Derrière le prétexte politique se dessine quelque chose de plus triste : vingt ans de rendez-vous à l'ouest qui vacillent.
Le divorce est consommé. La Ville de Saint-Cloud et la Région Île-de-France ne subventionneront pas la 22e édition du festival, prévue fin août au Domaine national. Motif officiel, selon Le Parisien : la programmation en 2025 de Kneecap, le trio rap nord-irlandais dont le leader était poursuivi pour infraction terroriste au Royaume-Uni. La géopolitique internationale fait décidément des vagues jusqu’aux très policées berges de la Seine et aux gazons du Domaine national. De quoi briser les céramiques du musée voisin ?
Pour nous, ce n’est pas un festival de plus ou de moins. Rock en Seine, c’est plus de vingt ans de rendez-vous à l’ouest, une petite lumière dans le parc de Saint-Cloud à la fin de l’été. Le Domaine est un lieu de fête depuis que Monsieur, frère de Louis XIV, y donnait sur la Seine des soirées très courues au XVIIe siècle. L’île qui porte encore son nom a connu depuis des vies plus ou moins glorieuses : dépôt de pièces détachées Renault, puis superbe base nautique départementale. Installé sur la pelouse voisine depuis 2003, Rock en Seine a donné une tonalité rock au Domaine national, avec ce que le site impose comme protocole : attention à la végétation, tri des déchets, interdiction de creuser des trous dans les prairies d’un monument historique. Des contraintes qui avaient forgé une identité.
Mais depuis vingt ans, le paysage musical francilien s’est transformé : We Love Green a capté l’éco-conscience, Lollapalooza a raflé le marché du blockbuster international, et, à quelques kilomètres, le La Défense Jazz Festival et le Garden Parvis proposent chaque été des dizaines de concerts gratuits sur le parvis de la Grande Arche. Dans ce paysage recomposé, l’identité de Rock en Seine s’est peut-être dissoute. C’est sans doute ce qui rend la décision des collectivités aussi facile à prendre en ces temps de disette budgétaire. Et c’est triste à regarder.
Source : https://www.enlargeyourparis.fr