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Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec Charli XCX ?

Grâce à la mégastar britannique aux 13 milliards d’écoutes, qui signe la bande originale du film « Hurlevent », on comprend mieux la complexité de la nouvelle génération.

Alice Durand Par Alice Durand / Journaliste

Publié le 11/02/2026 à 18h30

Mandatory Credit: Photo by Anthony Devlin/Hogan Media/Shutterstock (15369921op)



Charli XCX



Glastonbury Festival, Day 4, UK - 28 Jun 2025/shutterstock_editorial_Glastonbury_Festival_Day_4_UK_15369921op//2507161432Le dernier album de Charli XCX, « Wuthering Heights », a été spécialement conçu pour le film « Hurlevent ». © Devlin/Hogan Media//SIPA

Treize milliards d’écoutes totalisées. Trente millions d’auditeurs par mois. Un titre d’album, Brat, devenu une expression virale disséquée jusque par les éditorialistes politiques américains, quand celle-ci s’est invitée dans la dernière élection présidentielle. Et un faux documentaire sur elle et la célébrité, The Moment, qui crée l’événement dans tous les festivals où elle le présente actuellement, sans parler de son album Wuthering Heights, spécialement conçu pour le film Hurlevent, où s’affichent toutes les stars du moment.

N’en jetez plus ? Si… On pourrait évoquer la façon dont a été commenté planétairement l’étonnant bouquet d’anniversaire (de lilas et de cigarettes) offert par son amie star Rosalia, son duo provocant avec son autre amie star Billie Eilish ou le superbe clip, gothique et chic, de son nouveau titre, « House », où elle fait revenir une icône des années Velvet Underground, John Cale.

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Cheveux noirs en cascade et sourcils affirmés, se fichant bien d’être « belle » et cultivant un look « lendemain de fête », Charlotte Emma Aitchison Daniel, alias Charli XCX, née il y a trente-trois ans à Cambridge d’un père écossais et d’une mère issue de la communauté indienne de l’Ouganda, ne se contente pas d’allier avec un même brio les tubes (« 360 » ou « Break the Rules ») et les morceaux expérimentaux : elle est aujourd’hui, peut-être, l’artiste qui nous permet le mieux de comprendre les codes et les désirs de la « Gen Z », cette génération née entre la fin des années 1990 et le début des années 2010.

« Être impossible à cerner »

Charli XCX, c’est d’abord l’histoire d’une amoureuse des platines qui, dès l’âge de 14 ans, mixe dans les clubs de son Angleterre natale… accompagnée par ses parents, qui tiennent à veiller sur elle tout en la laissant s’exprimer. Et qui, ensuite, patientera dans la salle d’attente de la starisation avant de percer tous les blindages de l’industrie musicale avec un album, Brat, dont la pochette vert fluo et minimaliste, aujourd’hui immanquable, a été choisie par manque de budget.

Une fille “brat”, c’est une fille chaotique qui aime faire la fête.

Charli XCX

Le mot brat (« sale gosse ») est bientôt sur toutes les lèvres, définissant l’été 2024 comme un brat summer et récrivant les codes d’une féminité décomplexée et volontiers ironique. « Une fille brat, c’est une fille chaotique qui aime faire la fête. Elle est nonchalante, imprévisible, et elle aime faire des bêtises. C’est ça, être brat », résume alors Charli XCX, à rebours du puritanisme de l’époque.

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Depuis, l’artiste britannique a été sacrée par trois Grammy Awards, galvanisant son public en racontant autant son temps que sa génération : des jeunes gens que la culture Internet a poussés à un égotisme débridé et que Charli XCX satirise tout en jouant avec leurs codes, s’attirant l’adhésion de toute une constellation de « hit girls » allant de la mannequin Gabbriette aux actrices des séries Euphoria et I Love LA Chloe Cherry et Rachel Sennott, en passant par leurs aînées Julia Fox ou Chloë Sevigny. Ainsi apparaissent-elles, au début du clip de «360», réunies autour d’un dîner pour trouver la nouvelle icône féminine sous peine de voir « leur espèce disparaître ». Le cahier des charges ? « Il faut être connu, mais en même temps, impossible à cerner. »

Charli XCX parle particulièrement aux filles de son époque, en quête de liberté malgré la pression normative exacerbée par les réseaux sociaux et l’industrie musicale. Ainsi son duo « Girl, So Confusing » en miroir avec une autre amie star, Lorde, exprimait-il un état d’incertitude générale, même dans l’amitié : « Je ne sais pas si tu veux me voir chuter ou échouer. » Avant de conclure : « C’est parfois si déroutant d’être une fille. »

Assumer ses défauts

Tout, dans le travail de Charli XCX, vise à provoquer et déplacer les attentes. Refusant de porter un soutien-gorge aux Brit Awards, elle attaque frontalement la chaîne diffuseuse de la cérémonie en direct : « On a changé d’époque. Libérez les tétons. »

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Nous avons changé d’époque : tout le monde se prenant pour une star, il faut redéfinir la notion de star. « Avant, les artistes pouvaient évoluer en vase clos, raconte Charli XCX au Guardian en 2024. On pouvait avoir une super chanson, voire un super album, sans être constamment plongé dans le monde des potins. Internet a aboli la distance avec le public. » « Ce qui m’intéresse chez un artiste, c’est qu’il y ait autour de lui une sorte de légende… »

Pour Charli XCX, cela passe par une apparence réhabilitant le désordre, mais aussi par le fait d’assumer ses défauts et ses bizarreries avec assurance – à la manière d’un Kurt Cobain en son temps. L’exact opposé, en somme, d’une Taylor Swift, de trois ans son aînée, qui maîtrise le moindre détail de son image, et dont elle est le miroir inversé.

Mi-pop star, mi-artiste d’avant-garde repoussant les limites de la pop (son projet autour du film Hurlevent le montre), Charli XCX raconte davantage l’époque que l’époque ne cherche à la raconter. Il faut ainsi voir en elle le symbole de l’esprit global d’une génération abreuvée de savoirs en ligne, dont l’irrévérence et la provocation traduisent la lucidité. Dans un monde saturé de guerres, de dérèglement climatique et d’incertitude économique, il n’y a sans doute plus grand-chose à faire. À part, peut-être, la fête… Tant qu’il en est encore temps ?

Wuthering Heights, de Charli XCX.

 

Source : https://www.lepoint.fr

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