En route pour Pottsville avec Jim Thompson, le maître du roman noir américain
Rivages/Noir réédite « Pottsville, 1280 habitants », l’un des sommets de noirceur de la littérature américaine. Jim Thompson nous plonge dans un petit comté du Texas dans les années 1910. Une critique sociale féroce de l’Amérique profonde, un roman culte.

Le livre nous plonge dans l’atmosphère de noir absolu typique des romans de Thompson, portée à son sommet.
La visite de Pottsville avec Jim Thompson et son roman Pottsville, 1280 habitants, une réédition de Rivages/Noir, confirme le talent de deux auteurs. D'abord, celui de Thompson qui a écrit ce roman de polar noir en 1964, et puis celui de Bertrand Tavernier qui l'a adapté au cinéma avec Coup de torchon. Mais dans le film, l'histoire se déroulait au Sénégal et non dans une bourgade perdue des Etats-Unis en 1917.
Réédition d'un classique "Pottsville, 1280 habitants", de Jim Thompson, par Rivages/Noir
La dénonciation du racisme ordinaire
Le titre du livre peut intriguer avec la mention de ses 1280 habitants. C'est une donnée numérique incontestable, le nombre de personnes résidant dans un même endroit. Mais Jim Thompson indique que dans les faits, l'idée la plus répandue est de retrancher au nombre des personnes habitant au même endroit les noirs car ils ne possèdent pas d'âme. Ils ne comptent en rien. Quand un blanc ramasse dans son chariot un noir mort, d'ailleurs assassiné, il exige d'être payé car son moyen de transport est devenu sale. Pour le transport d'un blanc décédé , cela aurait été bien différent.

Le roman a été publié pour la première fois en 1964. Jim Thompson est considéré comme l'un des plus grands auteurs de roman noir, aux côtés de Chandler et Hammett.
Qui est l'écrivain Jim Thompson ? Certainement pas un moraliste
Jim Thompson, maître du roman noir, considéré comme l'un des plus grands auteurs de la littérature américaine du XXe siècle, raconte le racisme ordinaire, celui qui domine depuis des siècles. Quand la population blanche brûle le village noir, le sinistre est assez rapidement éteint. Non par souci d'humanité mais car il faut éloigner le risque de voir les ouvriers noirs s'installer ailleurs. La terre serait privée de cette main d'oeuvre à demeure, corvéable à merci. Mais, c'est bien connu, on ne fait pas de bonne littérature avec de bon sentiments. Jim Thompson n'est pas un moraliste. C'est un observateur et un conteur scrupuleux. Il décrit les situations et abandonne au lecteur le soin de l'analyse.
Le mécanisme infernal de la violence
A Pottsville, il y a un shérif qui veut être réélu. Jusqu'à présent, il ne faisait pratiquement rien pour ne déranger personne. Mais il lui faut changer d'attitude. D'autant plus qu'il fréquente plusieurs femmes à la fois et que celles-ci n'apprécient pas trop la situation.
Le shérif se décide à agir d'une façon plutôt radicale. Les cadavres s'accumulent. Jim Thompson raconte une corrida sanglante sans taureau. Les charges des cornes sont remplacées par des balles. L'auteur réussit une fois encore à démonter le mécanisme infernal de la violence. Elle jaillit avec beaucoup de facilité.
Depuis la lecture de ce roman publié en 1964, cela n'a pas vraiment changé, n'est-ce pas ?
Source : https://www.marie-celine.com