Le 25 septembre, le quatuor irlandais soufflera ses 50 bougies. Une exposition photo célèbre l’événement à Paris. Au « Point », nous avons réécouté puis classé l’intégralité des disques de la bande à Bono. Vous rangerez-vous à notre humble avis ?
Par David Mikanowski - Journaliste spécialisé dans le cinéma et la musique
Publié le 23 septembre 2026 à 12h00
Le groupe U2, aux Europe Music Awards, le 6 novembre 1997. AFP/ED OUDENAARDEN
Un demi-siècle, ça se fête. À plus forte raison pour U2. Un groupe rock phare pour plusieurs générations de tympans, propulsé vers la gloire par une kyrielle de tubes increvables transcendés par la puissante voix d’un certain Paul David Hewson, alias le chanteur Bono.
Pour célébrer la carrière monumentale du quatuor composé, aux côtés de Bono, de The Edge (alias David Howell Evans) à la guitare et au piano, d’Adam Clayton à la basse et de Larry Mullen Jr à la batterie, le Centre culturel irlandais de Paris accueille dans sa cour du 23 septembre au 18 décembre l’exposition de photographies « U2. Une histoire irlandaise ». L’entrée est gratuite !
Tubes universels
C’est le 25 septembre 1976 que Larry Mullen Jr punaisait un message sur le tableau d’affichage de Mount Temple, une école située dans le nord de Dublin : « Batteur cherche musiciens pour former un groupe ». Depuis, les quatre jeunes amis de ce lycée ont fait du chemin. U2 a rempli les stades de la planète, vendu entre 150 et 170 millions d’albums, remporté 22 Grammy Awards… et un prix décerné par Amnesty International (Bono postule toujours au prix Nobel de la paix).
Alors qu’un nouvel album studio est annoncé pour cette fin d’année, Le Point a repassé au crible les 15 titres d’une discographie qui n’a jamais fait l’unanimité – malgré des tubes universels, de « Sunday Bloody Sunday » à « Vertigo » ou « With or Without You ».
Du pire au meilleur, voici donc notre classement des 15 albums de U2 – nous avons exclu l’album live de 1983 Under a Blood Red Sky ainsi que le projet annexe Passengers de 1995 où le ténor Luciano Pavarotti venait pousser la vocalise sur « Miss Sarajevo ».
15. Songs of Surrender (2023)
Le pire, vraiment ? Oui, le pire. C’est l’album inutile. Celui qui provoque un ennui incommensurable durant près de trois heures. À la base, une mauvaise idée : Songs of Surrender est un album de reprises avec des versions réenregistrées et réinterprétées en version acoustique de 40 chansons du groupe. Les musiciens revisitent leur répertoire de manière intimiste, en délaissant les guitares électriques et en ralentissant le tempo.
Mais ce best of élaboré début 2021, pendant le confinement lié à la pandémie de Covid-19, est d’une mollesse invraisemblable. Les arrangements dépouillés des chansons ne rendent pas justice aux compositions (ainsi du massacre de « One »). Par moments, ça ressemble à de la musique d’ascenseur. Au disque d’une bande de sexagénaires en bout de course, qui radotent. Il y a heureusement quelques chansons à sauver. Des titres qui surnagent. Et deux trois splendeurs. Mais, dans l’ensemble, c’est l’électrocardiogramme plat.
14. October (1981)
Le toujours difficile deuxième album, sorti un an après Boy. Il s’ouvre avec le fantastique « Gloria ». « October », avec sa longue intro au piano, est une ballade spectrale d’une infinie tristesse. Mais le reste est inégal. Laissant une grande place à la spontanéité et à l’improvisation, il a un côté brouillon.
Cet album est surtout connu pour son contenu spirituel et ses titres religieux. À l’époque, Bono, The Edge et Larry Mullen Jr se demandent s’ils doivent, en tant que chrétiens, continuer à faire partie d’un groupe de rock (Adam Clayton, lui, n’est pas croyant). Ils sont à deux doigts de se séparer. Heureusement, ils changeront d’avis.
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13. Songs of Innocence (2014)
Sans prévenir, les Irlandais ont lancé leur nouvel album en même temps que le dernier téléphone Apple (l’iPhone 6). La maison de disques n’était pas au courant. Rien n’a filtré. Parachuté le 9 septembre 2014 dans plus de 500 millions de bibliothèques iTunes un mois avant sa sortie physique le 13 octobre, Songs of Innocence est considéré comme un virus par certains usagers. Une véritable intrusion dans leur téléphone. Un spam.
Trente-huit millions de personnes ont toutefois écouté l’album à sa sortie. On évoque la somme de 100 millions de dollars versés par Apple à U2. Un deal très lucratif. Mais quel rôle tient la musique dans ce coup marketing ? Pas spécialement inspiré, sans vraiment de surprise, Songs of Innocence est un disque un peu fade, où rien ne se détache vraiment. Il y a un assez bon single, « The Miracle (of Joey Ramone) », un hommage au chanteur du groupe punk rock Ramones. Plus deux autres réussites – « Every Breaking Wave » et « Sleep Like a Baby Tonight ». C’est tout !
12. Songs of Experience (2017)
Songs of Experience est une sorte de suite à Songs of Innocence (2014). Treize nouvelles chansons, enregistrées avec neuf producteurs, dans quatre studios, en trois ans – voilà pour les chiffres. L’enregistrement du disque est marqué par les différents événements politiques survenus en 2016, comme le Brexit et l’élection de Donald Trump et l’album traite de la question des réfugiés dans trois chansons. Par ailleurs, des titres comme « Lights of Home », « You’re the Best Thing About Me » et « Get Out of Your Own Way » (avec la participation du rappeur Kendrick Lamar) tirent leur épingle du jeu. Au final : un disque routinier mais pas désagréable.
11. Boy (1980)
Le premier album de U2. Un coup d’essai plutôt concluant. Même s’il ne connaît pas un grand succès commercial. Le groupe a beaucoup joué en live avant d’enregistrer ce disque. Il a testé ses chansons sur le public en concert pendant deux ans.
L’album démarre très fort avec l’emblématique « I Will Follow », suivi d’autres bons morceaux (« An Cat Dubh », « Out of Control », « Stories for Boys »). Boy est un disque aux paroles juvéniles, quintessence de la fougue et de la jeunesse du U2 d’alors et qui, en dépit de ses maladresses, jette les bases d’un rock épique.
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10. The Unforgettable Fire (1984)
Avec ce quatrième album, le son du groupe s’affine. C’est un disque de rupture, avec une nouvelle orientation musicale qui laisse entrevoir ce que sera le futur de U2. Il marque en effet la première collaboration du quartet avec le producteur britannique Brian Eno, ancien membre de Roxy Music et inventeur de l’ambient music.
The Unforgettable Fire ne se livre pas immédiatement, mais il dévoile ses charmes sur la longueur. Il est porté par un hymne puissant, « Pride (In the Name of Love) », où l’on retrouve dans les chœurs la chanteuse des Pretenders, Chrissie Hynde. En clôture du disque, « MLK » est un chant religieux apaisé dédié au pasteur Martin Luther King.
Avec ce « feu inoubliable », U2 devient un groupe impressionniste, noyé dans le brouillard. Plus sensoriel que les précédents, ce disque était l’un des favoris du trompettiste de jazz Miles Davis. Lorsqu’il est tombé dans le coma en septembre 1991 à la suite d’une hémorragie intracérébrale, on lui passait ses dix albums préférés, et celui-là en faisait partie.
9. No Line on the Horizon (2009)
Pour les besoins de cet album, le groupe part chercher l’inspiration au Maroc – les enregistrements débutent à Fès. Bono aimerait concevoir des « hymnes pour les générations futures » avec ce disque très ambitieux. Désigné par le magazine américain Rolling Stone comme le « meilleur album de l’année 2009 », No Line on the Horizon est une réussite : le single glam rock « Get on Your Boots » est un boogie monstrueux et efficace.
L’imposant « Moment of Surrender » fascine pendant plus de sept minutes. « I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight » est la chanson d’amour de Bono pour sa femme, Ali. Le leader charismatique du groupe chante avec conviction sur « Magnificent », un titre aux accents chrétiens. « Breathe », « Unknown Caller » et « White as Snow » achèvent de nous convaincre.
8. Pop (1997)
L’album le plus controversé de U2. Le disque ne se vend pas, la tournée PopMart Tour est déficitaire, le single Discotheque – qui raconte une virée sous ecstasy – ne marche pas (il est pourtant bon !). U2 a failli déposer le bilan. Et pourtant, avec le recul, le disque est étonnant.
Choisir Howie B, un Écossais qui bidouille avec l’Islandaise Björk, pour coproduire ce disque était une bonne idée. On attendait un virage techno. Le seul titre véritablement électro est le barjo « Mofo ». Mais le disque contient d’autres perles : la pop psychédélique de « Staring at the Sun », le voluptueux « If You Wear That Velvet Dress »… Ou encore l’émouvant « Last Night on Earth ».
Bono manie l’ironie sur « The Playboy Mansion », un titre malin qui fait référence aux icônes de la culture populaire avec humour. Il y a aussi 21 mentions des mots Dieu et Jésus dans cet album. N’oublions pas que pour le croyant Bono, Jésus-Christ fut la première rock star.
7. How to Dismantle an Atomic Bomb (2004)
L’album qu’il faut réhabiliter ! Sous-estimé à sa sortie, « Comment désamorcer une bombe atomique » (la guerre, toujours au cœur des obsessions de U2) s’est bonifié avec le temps. Il démarre pied au plancher avec « Vertigo » et son riff de guitare incendiaire.
L’étincelant « City of Blinding Lights » est le titre phare du disque, tandis que « Sometimes You Can’t Make It on Your Own » est une ballade gorgée d’émotion composée par Bono pour rendre hommage à son père décédé d’un cancer en 2001. Le titre évoque la relation difficile entre les deux hommes. « « Crumbs From Your Table » traite des relations entre les pays occidentaux et les pays du tiers-monde et du fossé existant entre les deux. En partie enregistré en France dans les Alpes-Maritimes, How to Dismantle an Atomic Bomb est le dernier grand U2.
6. Rattle and Hum (1988)
Après le succès international de The Joshua Tree, U2 veut conquérir l’Amérique. Le groupe entreprend un pèlerinage musical aux sources du rock et du rhythm and blues aux États-Unis et enregistre sur place un double album produit par Jimmy Iovine pour le label Island Records. Ce disque hybride part dans tous les sens et mélange sept titres live avec neuf inédits.
Rattle and Hum est aussi la bande originale d’un film documentaire sur le périple américain du groupe réalisé par Phil Joanou. Parmi les moments forts de ce disque, on retiendra le moment où Bono se lance dans un gospel avec « The New Voices of Freedom », une chorale de Harlem. Et la rencontre avec le bluesman et guitariste B. B. King qui chante comme un volcan en éruption sur le jubilatoire « When Love Comes to Town ». Il y a aussi le single entraînant « Desire » et la folksong irlandaise « Van Diemen’s Land » interprétée par The Edge. Tancé par la critique en son temps, ce disque enivrant a redoré son blason depuis.
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5. Zooropa (1993)
Pour relancer l’énorme tournée Zoo TV, U2 sort ce disque en catimini. Un vrai album avec dix nouveaux titres. Il ne s’agit pas de chutes de studio. « Numb », chanté d’une voix monocorde par The Edge, est le seul titre à dater des sessions de l’album précédent, Achtung Baby. Une chanson minimaliste, qui louche sur Kraftwerk avec son tempo oppressant, ses bruitages électros et ses guitares distordues.
Avec Zooropa, U2 entreprend un dialogue passionnant avec son époque. Il pousse encore plus loin les expériences ébauchées dans Achtung Baby. Le titre le plus surprenant ? « The Wanderer », une ballade country avec un invité surprise, Johnny Cash en personne !
4. War (1983)
L’album de l’explosion. Celui qui va faire passer le quatuor Irlandais du statut d’espoirs du rock à celui de stars mondiales. En effet avec ce troisième opus, U2 décolle véritablement. Ça commence très fort avec « Sunday Bloody Sunday » (cette batterie en intro !). Un hymne pacifiste qui relate le massacre de manifestants catholiques par l’armée britannique dans les rues de Londonderry en Irlande du Nord le 30 janvier 1972, faisant 14 morts et 21 blessés.
Rebelles dans l’âme, les U2 lancent le rock héroïque avec des textes engagés et militants. Mais il y a d’autres bombes dans ce disque : « New Year’s Day » est devenu le hit obligé des soirées de réveillon du 31 décembre. War déploie une vitalité et une puissance qui donnent enfin au groupe sa vraie dimension planétaire. C’est aussi le premier album de U2 qui a profité de l’arrivée du disque compact.
3. All That You Can’t Leave Behind (2000)
Après les expérimentations d’Achtung Baby, Zooropa et Pop, All That You Can’t Leave Behind marque une sorte de retour aux sources et sonne comme un U2 plus classique. Les collaborateurs historiques reprennent du service (l’album est produit par Brian Eno et Daniel Lanois, mixé par Steve Lillywhite). Et les morceaux sont très rock. Le disque démarre avec « Beautiful Day », un single d’un optimisme communicatif, tandis que « Walk On » est un hit adoré des fans en concert.
La plus intimiste « In a Little While » est tout simplement magnifique, tout comme le vibrant « Stuck in a Moment You Can’t Get Out Of », chanson hommage à l’Australien Michael Hutchence, le chanteur suicidé d’INXS.
Ce dixième album est une incontestable réussite, récompensée par sept trophées aux Grammy Awards et plus de 12 millions d’exemplaires vendus. La photo en noir et blanc de la pochette a été prise par le photographe néerlandais Anton Corbijn dans le terminal 2F de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. On y voit les membres du groupe, sacs en bandoulière et guitare posée au sol, en partance pour l’inconnu.
2. Achtung Baby (1991)
À l’aube des années 1990, U2 tente de se renouveler… et se réinvente totalement avec ce disque tourné vers l’avenir. Un grand virage pour le groupe, qui trouve un second souffle et prend une nouvelle direction, s’ouvre à la modernité électronique et prouve que sa musique ne cesse d’évoluer.
Enregistré aux studios Hansa de Berlin, alors que le mur venait de tomber fin 1989, cet album est influencé par la trilogie berlinoise de David Bowie (Low, Heroes, Lodger), conçue au même endroit, quatorze ans plus tôt, avec aussi Brian Eno. À la fois très futuriste et nimbé d’un son de cathédrale, Achtung Baby enchaîne les hits imparables : « The Fly », « Even Better Than the Real Thing », « One », « Mysterious Ways »… L’album s’achève avec le sépulcral et émouvant « Love Is Blindness », qui donne la chair de poule. Bref, le disque d’une métamorphose éblouissante.
1. The Joshua Tree (1987)
L’album de la consécration. Lyrique comme jamais, U2 trouve le son universel avec ce disque épique. Brian Eno et Daniel Lanois à la production ont fait un travail extraordinaire dans les recherches d’ambiance et de climat. On trouve cette fois des compositions plus calmes et dépouillées. Le disque est envoûtant. Et même planant. Ses envolées et ses riches harmonies nous emportent très loin.
Cette musique vient de l’âme et du cœur. « With or Without You », une magnifique chanson d’amour, et « I Still Haven’t Found What I’m Looking For » sont propulsés en tête des charts. « Where The Streets Have No Name » aussi. La ballade « One Tree Hill » est dédiée quant à elle au jeune Maori Greg Carroll, fidèle roadie de Bono disparu dans un accident de moto.
Énorme succès en Amérique (numéro un pendant neuf semaines), l’album vaut à U2 de faire la couverture de Time Magazine. Il restera pendant près de quatre mois le disque le plus vendu dans 23 pays (on parle de 15 millions d’exemplaires en 1987, 28 millions aujourd’hui !). Que ce chef-d’œuvre occupe le haut de notre podium était une évidence. La réussite absolue d’un groupe au sommet de son art.
Source : https://www.lepoint.fr