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Rosalia, l'ouragan pop

« Motomami », le troisième album de la chanteuse catalane, marie avec inventivité électro, pop, hip-hop, reggaeton et flamenco. Naissance d’une star.

Olivier Ubertalli Par Olivier Ubertalli

Publié le 09/04/2022 à 14h00, mis à jour le 09/04/2022 à 14h11

Née il y a 28 ans près de Barcelone, l’artiste catalane se consacre comme une star de la pop à part avec « Motomami », aux influences musicales très variées. 

Née il y a 28 ans près de Barcelone, l’artiste catalane se consacre comme une star de la pop à part avec « Motomami », aux influences musicales très variées.  © Daniel Sannwald / Columbia

Une voix suave, mutine, qui s'envole facilement dans les aigus et vibre aux trémolos du flamenco… Une pointe de Björk, quelques gouttes de Missy Elliott, d'autres de Shakira, une pincée de reggaeton que vous saupoudrez de sensualité et d'appâts à tous les étages… et voilà Rosalia ! Retenez bien son prénom – Rosalia Vila Tobella de son nom complet –, car si vous ne l'avez pas encore entendue sur les ondes radio ou sur Internet, vous n'allez pas y échapper dans les prochains mois.

Née il y a 28 ans en banlieue de Barcelone, l'artiste catalane avait déjà franchi le cap de bon espoir de la musique latine – une catégorie un peu fourre-tout où l'on classe autant la pop, la cumbia, le reggaeton, voire le rock venu d'Amérique du Sud – en 2018 avec son deuxième album, El mal querer. Rosalia réinterprétait avec le musicien électronique Pablo Díaz-Reixa Díaz, alias « El Guincho », un genre peu présent dans les bacs de vinyles et sur les plateformes de streaming audio : le flamenco. Le flamenco, c'est l'ADN de Rosalia qui l'a étudié durant des années au Taller de músics de Barcelone, et qu'elle malaxe à la pop électro sans oublier les pieds qui tapent. À l'instar du tube du disque, « Malamente ».

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Pour Motomami, son troisième album, aux frontières beaucoup plus floues entre flamenco, reggaeton, pop ou latin jazz, Rosalia met la barre beaucoup plus haut et se consacre comme une star de la pop à part. Sorti à la mi-mars, le disque débute sur les chapeaux de roues, à coups d'interpellations « Chica, que dices ? » (« meuf – qu'est-ce que tu racontes ? ») avant qu'une lourde basse digne d'une électro puissante, voire d'un hip-hop hardcore, ne vienne vite alourdir le climat.

En deux minutes, Rosalia envoie du lourd dans « Saoko », se permettant même un interlude de free-jazz en pleine danse. Si un peu égaré et surpris par la multiplicité des genres on cherchait des références créatives en France, la Catalane serait un alien mixant les personnalités de Camille, Aya Nakamura et Brigitte Fontaine.

Brouilleuse de pistes

Car Rosalia jouit d'une liberté époustouflante et prend plaisir à brouiller constamment les pistes. « Candy », histoire d'une rencontre impossible, est une rengaine pop au refrain entêtant. « La Fama », en duo avec le chanteur et producteur canadien The Weeknd, qui a déjà commencé à inonder les radios, s'annonce comme le tube de bachata de l'été prochain. « Es mala amante la fama / No va a quererte de verdad /Es demasia'o traicionera / y como ella viene, se te va. » Traduction : « La célébrité est une mauvaise maîtresse. Elle ne t'aimera jamais vraiment. Elle est si traîtresse qu'elle repart aussi vite qu'elle est venue. » Comme une mise en abîme sur la nouvelle célébrité de Rosalia ?

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Saint-Domingue, Puerto Rico, Cuba, Andalousie… On parcourt la planète en sa compagnie. La chanteuse confie avoir voulu faire le « plus bel autoportrait musical » (dans une interview de Zane Lowe pour Apple Music), un « journal intime », la « musique plus guapa (belle) qui soit » (entretien avec Libération). On pensait Rosalia déjà convertie au sucre chaud de la pop latina qu'elle retourne à la source le flamenco, dès son quatrième titre, « Bulerias ». La « buleria » est un chant flamenco de rythme vif accompagné claquements de mains (palmas). Et ne cherchez pas trop de sens profond aux paroles des chansons de Rosalia. Elle aime surtout jouer avec les sons, couper les mots, comme dans cette chanson, « Chicken Teriyaki », où elle fait rimer le poulet japonais avec un autre classique de l'archipel nippon, les makis.

Rosalia a le droit à son petit cachet logo « Parental Advisory, Explicit Lyrics » (avertissement parental, paroles explicites). Elle parle cru et souvent en argot. Elle se permet une chanson sublime au piano, « Hentai », qui pourrait figurer au moment le plus larmoyant d'un film Disney. Pourtant, ses paroles contrastent avec la musique. Elle n'y parle, comme Alain Bashung dans « Madame rêve », que d'images phalliques et d'orgasmes féminins au refrain des « so, so, so good ».

Rythmes effrénés

Le nouvel opus de Rosalia se poursuit sur des rythmes effrénés, sur les titres « Bizcochito » et le tube de luxe « La Combi Versace », avec la rappeuse dominicaine Tokischa, où même Carla Bruni a droit à cette dédicace. « J'ai travaillé́ sur Motomami entre 2019 et 2021. Je n'arrêtais pas de voyager, de rencontrer des gens, de découvrir des nouveaux endroits, des nouveaux artistes. J'ai aussi passé deux ans loin de ma maison, de ma famille. Ça m'a affectée, ça a guidé mon stylo, je me suis mise à beaucoup parler en anglais. J'écris mes chansons ! Si j'écris en spanglish, c'est parce que c'est le contexte dans lequel je baignais ces ­dernières années. Évidemment que ça influence mon son », a expliqué la chanteuse au journal Libération.

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Couverture de « Motomami », troisième album de Rosalia.

                                  Couverture de « Motomami », troisième album de Rosalia. © (Columbia / DR)

Un son frais, moderne, un disque-concept qui se tient, mis à part peut-être la chanson live « Sakura » qui dénote dans une production où se côtoient des musiciens ou producteurs pointus tels que The Neptunes, Nick Leon ou Caroline Sha. Motomami, dédicace à sa mère « badass » qui roulait plus jeune en Harley-Davidson, est célébré aussi bien par le très sérieux Wall Street Journal que par la revue spécialisée Rolling Stone, qui y voit un « chef-d'œuvre » et « travail d'avant-garde. » Au-delà des superlatifs, on adore Rosalia. Tout simplement. Son album figure déjà parmi les pépites musicales de cette année 2022.

Motomami, Columbia Records (label du groupe Sony Music).

Source : https://www.lepoint.fr

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