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James Blake, Trying Times

 

Septième album de James Blake, Trying Times est surtout le premier que l'artiste a réalisé dans une indépendance totale, libéré des chaînes de son label Polydor, filiale du groupe Universal. Une indépendance nouvellement recouvrée, alors que le musicien de 37 ans se fait de plus en plus critique à l'égard des mutations de l'industrie musicale, et notamment de la prise de pouvoir croissante des plateformes de streaming. 

“Les artistes sont de petites entreprises, tout le monde le sait, sauf eux” déclarait-il cette semaine sur France Inter, au micro de Mehdi Maizi. Réalisation douce-amère pour qui n'avait jamais eu, jusqu'ici, à se soucier de “vendre” sa musique – puisque d'autres s'en occupaient pour lui. Pourtant, à l'écoute de Trying Times (littéralement “une période difficile”), c'est à peine si l'on trouve la trace d'un compromis commercial. À l'inverse, il exulte de l'album une liberté, que l'on devine dans les emprunts à peine voilés aux structures classiques du R'n'B ainsi qu'au doo-wop, comme sur l'envoûtant “I Had a Dream She Took My Hand” où l'on perçoit un extrait du morceau “It Was Only a Dream” des Thee Sinseers, paru en 2019 mais dont les textures granulées semblent pourtant tout droit sorties des années 1950. 

Un écho amusant au tout dernier single de Lana Del Rey, “White Feather Hawk Tail Deer Hunter”, qui s'inscrit lui aussi dans un héritage hollywoodien hanté – bien que les deux artistes, souvent comparés, n'aient à ce jour jamais collaboré.

Si l'on rêve de pouvoir un jour entendre la voix de Del Rey sur les compositions spectrales d'un James Blake, savourons déjà les collaborations qui peuplent l'album Trying Times. À commencer par “Doesn’t Just Happen”, morceau sur lequel le rappeur Dave (David Omoregie à la ville) livre un couplet troublant : “Ma copine me déteste, et au fond, peut-être que moi aussi.” 

Plus loin, sur le titre “Didn't Come to Argue”, c'est une autre voix qui accompagne les errances métaphysiques de James Blake : celle de la chanteuse américaine Monica Martin, accompagnée d'un piano d'une élégance folle. De quoi installer toute l'intensité émotionnelle d'un album qui explore avec délicatesse l’angoisse existentielle et la difficulté d'aimer.

Source : Vogue

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