Charli xcx se réinvente en rockstar avec Music, Fashion, Film, un album conçu en 10 jours à Paris
Musique
Octobre 2025. En pleine Fashion Week, Charli xcx se réfugie entre les murs du studio Rue Boyer, dans le XXème arrondissement parisien. En à peine plus d'une semaine, elle a confectionné son septième album studio : Music, Fashion, Film.
Par Lolita Mang
24 juillet 2026
Instagram @charli_xcx
Comment revenir, après brat ? On imagine que Charli xcx s'est posée la question mille fois. Chanteuse pop coincée sous le plafond de verre de l'ultra notoriété depuis plus d'une décennie, la Britannique s'est hissée au rang de pop star mondiale en 2024 avec son sixième album studio à la pochette verte. S'en sont suivies deux années de folie ininterrompue entre de multiples tournées (dont une organisée en collaboration avec ton ami Troye Sivan), un vrai-faux documentaire présenté au festival Sundance (The Moment d'Aidan Zamiri) ainsi qu'une bande originale imaginée pour l'adaptation des Hauts de Hurlevent signée Emerald Fennell. Au cœur de ce tourbillon, la chanteuse s'est trouvée projetée, avec ses deux plus précieux collaborateurs et amis (les producteurs A. G. Cook et Finn Keane, alias easyfun), au au studio Rue Boyer, ouvert depuis bientôt quatre ans dans le XXème arrondissement. Déjà s'y bousculent les stars les plus suivies au monde, de Pharrell Williams à Rosalía, en passant par Dua Lipa. Vogue France s'y était rendu à l'hiver 2024 pour un reportage avec ses fondateurs, Victor Lévy-Lasne et Maxime Le Guil.
“Moi, Alex et Finn à Paris, rue Boyer, l'année dernière. On a passé dix jours ici à enregistrer. Aidan et Alaska sont venus. Alex a mixé au défilé McQueen. On a joué quelques morceaux pour des amis au studio. On est allés au cinéma. On a mangé plein de steaks-frites. Je me suis sentie vraiment inspirée” – voilà les mots avec lesquels Charli xcx annonçait, il y a déjà plusieurs mois déjà, la sortie de son nouvel opus, intitulé Music, Fashion, Film. Un album étonnamment court (30 minutes à peine), et caractérisé par son immense virage stylistique. Après avoir dominé cette espace de croisement entre la pop et les musiques électroniques, la Britannique proclamait la “mort du dancefloor” et le début d'une nouvelle ère musicale : celle du rock. Mais le résultat est-il à la hauteur de nos espérances ?
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“Je suis certaine que mon prochain album sera un flop”, déclarait Charli xcx en entretien, interrogée sur l'après-brat. C'est sans doute dans cet état d'esprit que celle-ci dévoile aujourd'hui Music, Fashion, Film, qui semble être le fruit des réflexions de l'artiste autour de ses inspirations quotidiennes, et de sa propre pratique artistique. Sur un format très court, avec des morceaux d'à peine plus de 2 minutes chacun (à l'exception du formidable “No One Lasts Forever”, une collaboration avec le réalisateur canadien David Cronenberg), la Britannique semble s'être détachée des attentes d'une industrie vorace en nouveautés, pour expédier toute la pression qui accompagnait son grand retour. En ce sens, Music, Fashion, Film est-il le meilleur album de Charli xcx ? La question elle-même semble absurde, tant l'opus incarne une facette encore inexplorée de la pop star, loin de l'esthétique mi-pop mi-électronique qu'elle a façonné jusqu'ici.
Malgré son apparente désinvolture, Music, Fashion, Film reflète néanmoins le génie musical de ses artisans, A. G. Cook et Finn Keane. D'aucuns se sont justement rappelés, dès l'annonce de la sortie du septième album de Charli xcx, que ses deux producteurs réguliers avaient dévoilé, en 2023, un album intitulé Soft Rock, où les guitares électriques épousaient les synthétiseurs dans une symbiose. Ultime sortie du label culte PC Music (fondé par Cook lui-même en 2013), il propulsait les petites révolutions musicales de ces pionniers de l'hyperpop dans une nouvelle ère. Charli xcx faisait d'ailleurs déjà partie des collaboratrices officielles de l'album, invitée sur des morceaux comme “Heavy” ou “Bullets”. Un opus comme la genèse de ce qu'allait devenir, trois ans plus tard, Music, Fashion, Film.
La parade du rock
Se demander si Music, Fashion, Film est un album de rock revient à se demander si COWBOY CARTER de Beyoncé est un album de country. La question semble déjà dépassée, dans nous évoluons dans une époque de fusion des genres et de liberté artistique où le poids des mots s'est bien allégé. Mettons plutôt que le septième opus de Charli xcx prend les codes les plus grossiers d'un genre – à savoir, ici, les riffs gras de guitares saturées – pour faire scintiller ses propres gimmicks. “Card Declined” en est un exemple probant. La pop star y déroule cette narration dont elle est devenue l'une des meilleures ambassadrices, à savoir un récit mené par des mots d'une simplicité dérisoire. De quoi peindre une naïveté de façade, qui permet à la chanteuse de glisser entre les lignes tout le cynisme et l'ironie qui sont devenus ses marques de fabrique. “Let's go shopping, I'll buy a handbag / I'll buy some shoes, I'll buy a smile / I'll buy some jewelry, a personality / A whole backstory, card declined”, clame-t-elle dans cet hymne affiché d'un consumérisme éhonté, comme le moyen d'ignorer que le monde brûle autour de nous.
Car en arrière-plan de Music, Fashion, Film – les trois domaines artistiques qui inspirent Charli xcx au quotidien –, c'est bien l'état du monde qui transpire dans chacune de ses mélodies. Un monde à la dérive, dévoré par ses guerres, ses feux qui ravagent ses forêts et son emballement capitaliste, que l'on tente d'oublier en se vautrant dans le matérialisme et l'ignorance. “Spring, Summer '26 / When the world is gonna end, no hope for any of it / Yeah, we're walkin' on a runway that goes straight to hell I know”, dit-elle sur “SS26”, l'un des indéniables temps forts de l'album. Quelle réponse apporter ? Quel comportement adopter face à l'effondrement des structures qui régissent nos quotidiens ? Charli xcx, pop star plus que penseuse, n'a pas la solution. Et nous n'attendons pas cela d'elle. Pour conclure, elle laisse donc la parole à l'une de ses idoles, le cinéaste canadien David Cronenberg, maître du body horror. “They are dead, they are gone, no one lasts forever”, répète-t-il à l'infini, jusqu'à ce que la fin du morceau le plus long de l'opus (5 minutes et 42 secondes), vienne l'interrompre. À vous de choisir quelle réaction vous semble la plus appropriée après avoir appris que tout est éphémère, y compris le monde dans lequel vous vivez. Charli, elle, a déjà choisi d'embrasser la fatalité.
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Par Lolita Mang
Music, Fashion, Film de Charli xcx [Atlantic Records], disponible.
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