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De la rappeuse LinLin à la pop star Olivia Rodrigo en passant par la géniale Jill Scott… Vogue France propose un tour d'horizon des meilleurs albums de 2026, jusqu'ici.
Par Lolita Mang
20 juillet 2026

Instagram @oliviarodrigo
Quels sont les meilleurs albums de 2026 ? Ceux qui ont su nous séduire, malgré leur aspect revêche, ou qui au contraire nous avaient conquis dès les premières notes ? D'un opus à la croisée du rap, de la chanson française et des musiques électroniques à l'épopée d'une histoire d'amour, de la première rencontre jusqu'aux affres du désespoir amoureux, Vogue France dévoile ses coups de cœur de l'année, à mi-parcours.
Jill Scott, To Whom This May Concern
Si cette sélection cherche à s'émanciper du classement un peu trop conventionnel, voire complètement inadapté tant les albums présentés évoluent dans des univers bien différents, force est de constater qu'il est un disque qui nous a particulièrement touchés. Et celui-ci marque le grand retour d'une artiste culte, onze ans après son dernier opus. Et oui : To Whom This May Concern, nouveau bijou signé Jill Scott, n'a pas quitté nos oreilles depuis sa sortie en février dernier. Aussi joyeux qu'il est majestueux et inventif, ses 19 titres sont d'une générosité inédite. Comme une réminiscence du meilleur de la soul américaine, avec la crème de la crème du rap outre-Atlantique parmi ses invité·es, de Tierra Whack à Ab-Soul, en passant par JID et Too $hort.
La grande force de To Whom This May Concern ? La voix de son autrice, évidemment, comme venue d'un autre monde. D'une agilité étonnante, celle-ci se fait tantôt joueuse, aimante, drôle ou cinglante. Mais toujours, toujours fascinante. Souvent portée par l'improvisation, elle nous emmène vers des paysages sonores inattendus, presque magiques. Une vraie leçon de poésie.
The Femcels, I Have To Get Hotter
Depuis ses débuts dans la musique il y a deux ans, le duo formé par les Londoniennes Rowan Miles et Gabriella Turton nous obsède. The Femcels, comme on les appelle (sorte de clin d'œil moqueur aux incels, ces hommes qui rejettent la faute de leur célibat sur la gente féminine) développe depuis 2024 une esthétique musicale à la croisée du rock DIY et des musiques électroniques. Dévoilé en janvier dernier, le premier album du groupe, I Have To Get Hotter, est un formidable petit écrin de nihilisme et d'ironie. Chacun de ses morceaux en est la preuve, à commencer par leurs titres : “Please Don't Stab Yourself (Like Elliott Smith)”, “You’re Gay and You’re in Love With Me (Please Let Me Touch Your Boobs)” ou “Is Loser An Emotion You Feel Too?”.
Produit par Ike Clateman du duo londonien Bassvictim, I Have To Get Hotter brille par sa narration hilarante, flirtant avec les codes de la bande dessinée (Rowan Miles est illustratrice) tout en surfant sur de formidables productions pixellisées (Gabriella Turton est programmatrice). Toutes deux se sont, sans surprise, rencontrées en ligne avant de se produire aux côtés de la crème de la hype londonienne, des rappeurs en pleine ascension EsDeeKid et fakemink jusqu'à la listening party du nouvel album de Charli xcx, Music, Fashion, Film. L'endroit parfait pour hurler certaines de leurs paroles les plus absurdes comme “Is it cool that I drink beer ?” lancé dans “Even Though You're Blonde”. En bref, le groupe parfait pour chasser ses insécurités tout en criant à tue-tête.
Charli xcx, Wuthering Heights
Nous sommes en 2013 lorsque Charli xcx dévoile le tout premier album de sa carrière : True Romance. Déjà pointe la cinéphilie de son autrice, qui emprunte le titre à la comédie romantique déjantée de Tony Scott, écrite par Quentin Tarantino et sortie en 1993. L'opus témoigne des talents de la Britannique, qui a fait son éducation musicale dans des raves en bordure de Londres, pour conter l'amour et la rupture sur des tubes pop en puissance, boostés aux paroles directes et aux rythmes addictifs. S'y côtoient un sample de Todd Rundgren (légende du rock progressif américain) sur “So Far Away”, une supplication dramatique sur “Set Me Free” et des confessions hantées sur “How Can I”. Presque autant d'éléments que l'on retrouve sur Wuthering Heights, treize ans plus tard.
Annoncé avec le très puissant “House”, Wuthering Heights permettait à Charli xcx de collaborer avec l'une de ses idoles : le musicien John Cale, rendu célèbre grâce au groupe The Velvet Underground, cofondé avec Lou Reed en 1965. 83 ans aujourd'hui, Cale ouvre donc ce nouvel album avec un poème pétri d'angoisses : “Puis-je te parler en privé un instant ? / Je veux juste t'expliquer / T'expliquer la situation dans laquelle je me trouve / Qui je suis vraiment et ce que je suis / Je suis prisonnier, condamné à vivre pour l'éternité”. Et Charli xcx de poursuivre avec une incessante litanie : “Je crois que je vais mourir dans cette maison.” Des paroles écrites en écho au film Hurlevent, énième adaptation du chef-d'œuvre de la littérature britannique signé Emily Brontë. En cela, le Wuthering Heights de Charli xcx est un album habité d'une ambiance sinistre, mais rehaussé par certains morceaux bien plus modernes, à l'instar de “Dying for You”. C'est d'ailleurs peut-être dans sa tragédie que l'on aime le plus ce Wuthering Heights, qui culmine sur des morceaux comme “Open Up”, long d'1 minute 26 à peine, rempli d'échos comme une imploration : “Ouvre-toi” répète l'artiste. Mieux encore, dans “Eyes of the World”, qui voit s'inviter Sky Ferreira, Charli xcx demande : “Libère-moi”. Le tout, sans jamais se départir des textures angoissantes produites par Finn Keane (son collaborateur régulier). “Ce monde m'a permis de m'évader vers quelque chose de nouveau, de me plonger dans une histoire qui n'était pas la mienne”, a écrit la chanteuse sur Instagram, à quelques jours de la sortie de son nouvel album. Comme l'illustration de ce que représente ce Wuthering Heights : une œuvre comme une escapade loin des attentes de l'industrie, une commande devenue un terrain de jeu pour de nouvelles expérimentations. En résulte un opus lancinant et voluptueux, rehaussé par de subtiles touches de lumière.
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Par Lolita Mang
underscores, U
C'est l'album incontournable de ce classement, celui que l'on ne pouvait oublier, sous peine de ne pouvoir être prises au sérieux. Si vous n'avez pas encore entendu parler d'underscores, et plus particulièrement de son étonnant U, pouvez-vous réellement prétendre aimer la musique ? Née en 2000, la philippino-américaine April Harper Grey (au civil) est une incroyable conteuse d'histoires, ce qu'elle prouvait déjà avec le lyrisme de Wallsocket (2023), un virage important vers le rock, sans pour autant renoncer aux caractéristiques qui font d'elle l'artiste que l'on connaissait alors.
Avec U, celle-ci revient à l'hyperpop, explorée dans ses méandres les plus jouissifs. N'importe quel morceau extrait de l'album peut le prouver, du tubesque “Music” à “Innuendo (I Get U)” en passant par le plus calme “Bodyfeeling”. Tous sont, à vrai dire, des petits bijoux pop en puissance, confirmant l'ambition de l'artiste d'épouser une carrière de super-star. Un projet en bonne voie puisqu'elle accompagnera bientôt Charli xcx sur scène à l'occasion de sa tournée Music, Fashion, Film, à travers les États-Unis.
Cannelle, CINNA
Nous en avons bien conscience : cette sélection des meilleurs albums de 2026, imaginée au cœur de l'année, manque cruellement d'artistes francophones. Au-delà du superbe disque de la rappeuse et chanteuse LinLin, peu d'œuvres en français ont su nous séduire. C'était sans compter sur l'impressionnant CINNA de Cannelle, disque extraterrestre qui doit autant à Yelle et Christophe Willem qu'à la vague hyperpop venue de Grande-Bretagne. Sorti à la fin du mois de juin, celui-ci est une exploration joyeuse des différents courants électroniques qui ont façonné la musique des vingt dernières années, dont le jersey club, qui accompagne ses ego-trips à merveille. Le point d'acmé de l'album ? Le formidable “Sunshine”, qui semble tout droit sorti de l'année 2008, ramenant avec lui les portables à clapet et autres bijoux ultra brillants que l'on pouvait y accrocher.
De son vrai nom Cannelle Ferragu, l'artiste originaire du sud de la France a dessiné son esthétique sur les contours de Tumblr depuis sa chambre d'adolescente. Depuis, la jeune femme s'est produite lors de soirées organisées par l'excellent label Live From Earth à Paris et en première partie de Ninajirachi aux États-Unis. Assurément la Française la plus cool de 2026, et de très, très loin.
Slayyyter, WOR$T GIRL IN AMERICA
L'heure de gloire de Slayyyter serait-elle enfin arrivée ? Ce ne serait pas trop tôt. Active depuis bientôt dix ans, la pop star trash originaire du Missouri peut s'enorgueillir d'une carrière comme un sans-faute, marquée par des projets d'une exigence folle, mais toujours restée sous le plafond de verre de l'underground, avec quelques percées bien pensées. C'est par exemple quelques tubes comme des incontournables de sa discographie, à l'instar du génial “Daddy AF” propulsé au cœur de la bande originale du film Anora, Palme d'Or 2024 et Oscar du meilleur film l'année suivante (merci Sean Baker !).
Mais c'est avec WOR$T GIRL IN AMERICA, son troisième album (et premier chez Columbia Records, filiale du groupe Sony Music), que Slayyyter semble enfin embrasser la carrière de pop star qui l'attendait. On ne peut que s'en réjouir, tant on aimait déjà son opus précédent, l'inoubliable STARFUCKER. Interrogée par l'édition américaine de Vogue, elle explique l'inspiration derrière ce nouvel opus : “C'est très brut, très noise, et j'ai même demandé à ce que certains morceaux ne soient pas trop bien mixés, pour garder ce côté un peu crade.” Une texture que l'on retrouve sur un titre comme “CANNIBALISM!”, construit à partir d'un riff de guitare qui rappelle The Cramps (“un groupe que j'adore, mais que je n'aurais jamais imaginé influencer ma propre musique”, commente-t-elle), avec en guise de cerise sur le gâteau un chant haché et grondant inspiré en partie par Jack White. “Je crois qu'on a écrit et terminé la chanson en 45 minutes”, raconte-t-elle, ce qui correspond bien à son énergie punk. Elle est impatiente de la jouer en live avec un groupe : “J'ai trop hâte de jouer ces morceaux en tournée. Ça va vous exploser le crâne”. Voilà un rendez-vous que l'on ne manquera sous aucun prétexte.
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Par Liam Hess
Mitski, Nothing's About to Happen to Me
Si le refrain entraînant de “My Love Mine All Mine” n’est pas parvenu jusqu’à vos oreilles en 2023, peut-être vivez-vous dans une grotte. Ou peut-être préférez-vous vous tenir à distance des réseaux sociaux. Et vous avez peut-être raison. Car oui, le tube de la musicienne américaine Mitski s’est vu propulsé par l’application chinoise TikTok. Mais il serait dommage de se priver d’un talent comme celui de la trentenaire, qui fait office de figure incontournable au sein de la scène alternative des États-Unis, depuis dix années déjà. Avec Nothing's About to Happen to Me, son huitième album, Mitski imagine la suite de son précédent opus, le déjà remarquable The Land Is Inhospitable and So Are We, avec notamment le retour du producteur Patrick Hyland. En résulte une folk soignée et déchirante par laquelle Mitski évoque son désir d’anonymat et de solitude (que l'on entend dans des titres comme “Cats” ou “If I Leave”).
Mais le point d'orgue de l'album n'est autre que l'impressionnant “Dead Women”, conte féministe sur l'absence d'agentivité que les femmes peuvent avoir sur leurs propres récits. “J’ai écrit cette chanson sous le coup de la colère, explique l'intéressée dans un entretien avec le magazine Dazed. Je ne dis pas que c’est le cas de tout le monde, tout le temps, mais parfois, on a vraiment l’impression qu’on ne veut pas que les femmes soient des êtres humains à part entière, capables de réfléchir. On veut en quelque sorte juste des servantes chargées de faire des bébés, et c’est un peu de ça dont parle ma chanson.” En cela, Nothing's About to Happen to Me contient certaines des chansons les plus sombres de la discographie de Mitski, sans doute au sommet de son art lyrique, porté par d'entêtants riffs de guitares et quelques instruments à cordes savamment utilisés. Une réussite.
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Par Lolita Mang
James Blake, Trying Times
Septième album de James Blake, Trying Times est surtout le premier que l'artiste a réalisé dans une indépendance totale, libéré des chaînes de son label Polydor, filiale du groupe Universal. Une indépendance nouvellement recouvrée, alors que le musicien de 37 ans se fait de plus en plus critique à l'égard des mutations de l'industrie musicale, et notamment de la prise de pouvoir croissante des plateformes de streaming. “Les artistes sont de petites entreprises, tout le monde le sait, sauf eux” déclarait-il cette semaine sur France Inter, au micro de Mehdi Maizi. Réalisation douce-amère pour qui n'avait jamais eu, jusqu'ici, à se soucier de “vendre” sa musique – puisque d'autres s'en occupaient pour lui. Pourtant, à l'écoute de Trying Times (littéralement “une période difficile”), c'est à peine si l'on trouve la trace d'un compromis commercial. À l'inverse, il exulte de l'album une liberté, que l'on devine dans les emprunts à peine voilés aux structures classiques du R'n'B ainsi qu'au doo-wop, comme sur l'envoûtant “I Had a Dream She Took My Hand” où l'on perçoit un extrait du morceau “It Was Only a Dream” des Thee Sinseers, paru en 2019 mais dont les textures granulées semblent pourtant tout droit sorties des années 1950. Un écho amusant au tout dernier single de Lana Del Rey, “White Feather Hawk Tail Deer Hunter”, qui s'inscrit lui aussi dans un héritage hollywoodien hanté – bien que les deux artistes, souvent comparés, n'aient à ce jour jamais collaboré.
Si l'on rêve de pouvoir un jour entendre la voix de Del Rey sur les compositions spectrales d'un James Blake, savourons déjà les collaborations qui peuplent l'album Trying Times. À commencer par “Doesn’t Just Happen”, morceau sur lequel le rappeur Dave (David Omoregie à la ville) livre un couplet troublant : “Ma copine me déteste, et au fond, peut-être que moi aussi.” Plus loin, sur le titre “Didn't Come to Argue”, c'est une autre voix qui accompagne les errances métaphysiques de James Blake : celle de la chanteuse américaine Monica Martin, accompagnée d'un piano d'une élégance folle. De quoi installer toute l'intensité émotionnelle d'un album qui explore avec délicatesse l’angoisse existentielle et la difficulté d'aimer.
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Kelela, new avatar
Oui, Raven, le deuxième album de Kelela, figurait déjà parmi nos albums favoris de 2023. C'est à croire que la chanteuse américaine ne peut se tromper, tant chaque nouvel opus marque une nouvelle étape dans sa carrière, un pas de plus vers – osons l'écrire – la perfection. L'année dernière, par exemple, celle-ci signait In The Blue Light, album au cœur duquel elle revisitait certains de ses titres en version jazz, à l’occasion d’une résidence au Blue Note à New York. Ainsi, dès son annonce, ce nouveau disque (intitulé new avatar) figurait déjà parmi les disques que nous attendions le plus en 2026. Peut-être aussi, il faut l'admettre, pour la présence de certains artistes les plus excitants du moment, à l'instar de la Britannique PinkPantheress, ou du producteur Oscar Scheller, croisé chez Lily Allen ou la Française Cannelle, également présente dans cette sélection.
Paru début juillet, que vaut alors ce new avatar ? Infusé de guitares, celui-ci se permet d'errer en des territoires encore inexplorés par le R'n'B jusqu'ici très électronique de Kelela. Après avoir conté son sentiment de solitude en tant que femme noire dans l’industrie musicale (et plus précisément dans l’univers des musiques électroniques), l'artiste essaie désormais de continuer à créer dans un monde devenu fou. Pour pallier la folie du dehors, elle délivre un écrin délicat et minimaliste, qui fait la part belle aux basses sourdes (“outta time”) sans que celles-ci ne viennent écraser sa voix si distinctive (jusqu'à rappeler un morceau comme “Let It Go” que l'on pouvait entendre sur le précédent album de l'Américaine). Probablement l'un des meilleurs albums de 2026, et assurément l'un de nos coups de cœur de l'année.
Robyn, Sexistential
Voilà huit ans que nous n'avions eu de nouvel album de Robyn (depuis l'excellent Honey en 2018), la pop star préférée de toutes nos pop stars préférées (de Charli xcx à Taylor Swift). Avec Sexistential, la Suédoise de 47 ans livre l'un de ses opus les plus personnels, narrant son quotidien de mère célibataire et son rapport renouvelé à son propre corps, au désir, ainsi qu'à la danse. Car Sexistential, reste bien ça : un album de dance pop, comme ceux auxquels Robyn nous a longtemps habitués. Pour le présenter, l'intéressée précise qu'il puise la plupart de ses sonorités dans une autre de ses œuvres : Body Talk, un disque pensé comme une trilogie et sorti en 2010 (et que d'aucuns considèrent comme son magnum opus).
Malgré sa durée bien courte – en 9 titres, Sexistential se déploie sur moins de 30 minutes –, le neuvième opus de Robyn continue de prouver le talent de son autrice pour penser des hymnes pop intemporels, bien que toujours ancrés dans leur époque. Un don que peu possèdent.
LinLin, DISCO INFERNO
Non, DISCO INFERNO n’est pas seulement un club fictif du New York des années 1970, où l’on danse en costume blanc et autres robes paillettées sur le dernier tube de Donna Summer. En latin, le terme signifie “j’apprends en enfer” – ou “j'apprends dans la souffrance”, comme l’a interprété la rappeuse LinLin. L’expression reflète bien, à ses yeux, le processus créatif qui a mené à la confection de son premier album. À l’heure de trouver un titre, c’est donc sans beaucoup d’hésitation qu’elle a fini par choisir cette locution latine aux multiples références. Au-delà de ses origines antiques, DISCO INFERNO puise, à travers douze morceaux, dans des univers aussi variés que les années 1970 et leurs synthétiseurs Moog et les radios pirates londoniennes du début des années 1990. Un mélange heureux d’influences qui viennent nourrir le rap de LinLin, déjà repérée par d’aucuns sur le morceau “BLICKY”, en collaboration avec un autre visage émergent de la nouvelle scène française : Ino Casablanca.
C’est que la carrière de LinLin est jeune : son premier EP, THE ESPERS, vient de souffler ses trois bougies. Mais pour elle, la notion du temps n’a que peu d’importance. Elle préfère que l’on ne dévoile pas son âge, et ne saurait dire combien de temps a pris la confection de son premier album. “Mais c’est une idée qui me trotte dans la tête depuis longtemps, explique-t-elle. Faire un album qui mêle le rap, la house et la chanson.” Car DISCO INFERNO, c’est aussi ça. Un disque comme un carrefour, imaginé par LinLin et son collaborateur de toujours : le producteur Mob. Le reflet de leurs influences partagées, du rap américain des années 2010 aux débuts des Daft Punk, icônes éternelles pour tous les jeunes artistes français aux aspirations internationales. Mais DISCO INFERNO, c’est encore une constellation de mélodies inspirées, marque de l’amour profond de la jeune femme pour les synthétiseurs qui scintillent et les egotrips qui retournent.
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Par Lolita Mang
Ari Lennox, Vacancy
Vous avez un faible pour le saxophone ? Celui que l'on entend dans les films noirs, celui qui accompagne les cœurs brisés et les amours en fuite ? Vite, écoutez Vacancy, troisième album de l'Américaine Ari Lennox et son envoûtant morceau liminaire, “Mobbin in DC”, invitation à la rejoindre dans la chambre 808 (clin d'œil à l'iconique boîte à rythme) du Four Seasons. Voilà longtemps que nous n'avions entendu une introduction aussi élégante, rapidement suivie de 14 autres chansons à la croisée de la soul et du jazz. De quoi faire d'Ari Lennox la digne héritière d'artistes comme Erykah Badu, Lauryn Hill et Roberta Flack.
Sept ans après son premier album (le prometteur Shea Butter Baby), Ari Lennox signe avec Vacancy son opus le plus chaleureux, baigné de productions maximalistes et personnelles. En bref, du R'n'B taillé pour les lumières tamisées et les messages envoyés bien trop tard dans la nuit (“Twin Flame” et son outro qui ralentit le tempo).
Dry Cleaning, Secret Love
Paru le 9 janvier dernier, Secret Love, le troisième album du groupe de post-punk anglais Dry Cleaning, annonçait une année musicale à la fois joyeuse et angoissée. Pour la première fois de sa carrière, la bande formée par la chanteuse Florence Shaw, le guitariste Tom Dowse, le bassiste Lewis Maynard et le batteur Nick Buxton changeait de producteur, délaissant John Parish (collaborateur régulier de PJ Harvey) au profit des talents de la musicienne et productrice galloise Cate Le Bon. Un choix judicieux pour un album qui s'est hissé à la douzième place des classements britanniques – une anomalie pour un album porté par le spoken word de sa chanteuse.
Avec des influences diverses, allant de David Bowie à des groupes comme Sly and the Family Stone, Secret Love est à ce jour l'opus le plus fascinant de la discographie pourtant déjà riche. Allant jusqu'à flirter avec la folk sur certains morceaux (à l'instar de “Secret Love (Concealed in a Drawing of a Boy)” et sa formidable mandoline), l'album oscille entre délicatesse et brutalité avec une élasticité étonnante, faisant de Dry Cleaning l'un des groupes à l'univers sonore le plus distinctif de sa génération.
Olivia Rodrigo, you seem pretty sad for a girl so in love
C'était l'un des albums les plus attendus de l'année. Trois ans après la sortie de l'inoubliable Guts, qui a propulsé Olivia Rodrigo vers une toute autre sphère musicale. Ex-enfant star des écuries Disney (révélée par la série spin-off des films High School Musical), elle était devenue pop star grâce à la viralité de son premier single “drivers license”, numéro 1 du top Billboard pendant huit semaines d'affilée. Avec son premier album Sour, sorti quelques mois plus tard, elle s'était imposée comme une nouvelle voix incontournable de la pop, autant inspirée par une compositrice comme Taylor Swift que par les légendes du rock américain, dont Jack White.
Depuis, elle a continué d'imposer sa patte avec Guts, un deuxième album qui lui a permis de figurer en tête d'affiche d'un festival comme Glastonbury, jusqu'à y inviter l'Anglais Robert Smith (meneur des Cure) pour y reprendre les cultissimes “Friday, I'm in Love” et “Just like Heaven”. De quoi laisser présager un virage artistique pour sa nouvelle ère musicale avec you seem pretty sad for a girl so in love, un troisième opus comme une nouvelle étape vers une pop résolument plus vintage et réfléchie, aux arrangements orchestraux impeccables. Produit en collaboration avec son producteur de longue date, Dan Nigro, Olivia Rodrigo parvient, avec you seem pretty sad for a girl so in love, à imposer de nouvelles sonorités dans son univers musical pourtant déjà très marqué. De sa folk cristalline à la new wave modernisée (sans toutefois se priver d'un featuring avec Robert Smith sur “what's wrong with me”), ce troisième opus continue d'explorer des thèmes qui font l'ADN Rodrigo (dont, en première position, l'amour contrarié) tout en se permettant une légèreté rarement croisée chez la chanteuse.
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Par Lolita Mang
Sassy 009, Dreamer+
La musique scandinave connaît, depuis deux ans, une percée internationale inattendue. Favorisée par le Rhythmic Music Conservatory (RMC), le Conservatoire de musique rythmique de Copenhague, celle-ci se concentre autour d'artistes danoises comme Erika de Casier, Astrid Sonne ou ML Buch. L'année dernière, le duo Smerz, incarné par les Norvégiennes Catharina Stoltenberg et Henriette Motzfeldt, dévoilait l'excellent album Big City Life, plaçant leur pays comme un atout non-négligeable de cette nouvelle scène à la croisée entre des mélodies pop et des textures plus expérimentales. Mais là encore, il faut souligner que Smerz partage son temps entre Oslo et Copenhague.
En réalité, les artistes norvégiens à la renommée internationale sont encore rares, d'autant plus si l'on s'aventure sur les rivages de la musique électronique. Il est pourtant une productrice qui, depuis bientôt dix ans, trace sa route sur des chemins alternatifs, tout en collaborant avec certains des musiciens d'indie pop les plus demandés, de Blood Orange à Clairo. Sassy 009, ou Sunniva Lindgård à la ville, dévoilait en janvier dernier son premier album, Dreamer+, neuf ans après la sortie de son premier projet, Do You Mind. Un premier album dense et nébuleux, comme une descente sur les pistes enneigées des montagnes norvégiennes, durant laquelle on irait d'un virage à un autre avec une aisance peu commune, simplement porté par la brise hivernale et le bruit feutré des synthétiseurs effleurés. Une caresse.
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Par Lolita Mang
mary in the junkyard, Role Model Hermit
Reconnaissons-le : notre sélection ne laisse qu'une place menue à la folk. C'est qu'il fallait attendre la sortie du sublime Role Model Hermit, premier album du groupe londonien mary in the junkyard. Sortie le 3 juillet dernier, l'œuvre, composée de 11 titres et étalée sur 45 minutes, est peut-être l'un des disques les plus précieux de cette année 2026. Précieux car fragile, d'abord. Fragile dans ses arrangements tremblants comme dans la voix craquelée de sa chanteuse Clari Freeman-Taylor (on croirait l'entendre chuchoter directement dans notre oreille). Mais précieux, aussi, parce que beau. Beau dans sa délicatesse à mourir, comme dans ses mélodies ravageuses.
Il est peut-être intéressant de souligner, comme une manière d'éclairer la tension qui traverse ce premier album, que les membres de mary in the junkyard ont pendant un temps vécu à Londres avec nulle autre que l'artiste serbe Marina Abramović, pionnière du body art. Dans un entretien accordé à l'édition anglaise du Times, la bassiste Saya Barbaglia précise que cette dernière les appelle “ses enfants”. Rien de surprenant tant Abramović, comme les trois membres de mary in the junkyard, placent l'expérimentation au cœur de leur expression artistique (en témoigne “Seek And Destroy”, manège inarrêtable et distordu). Mais c'est avec “Mouse”, ultime morceau de l'opus bâti comme une fresque épique, que l'on retient notre souffle, à mesure que l'angoisse s'empare de chaque atome de notre corps. La marque des (très) grands.
Source :

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