Pourquoi les pop stars préfèrent la peinture à la photographie pour leurs pochettes d'albums
musique
Olivia Rodrigo, Lily Allen et Mitski ont toutes fait appel à des peintres s'inspirant des grands maîtres pour illustrer leurs derniers albums. Décryptage.
Par Hannah Jackson
21 juillet 2026
Instagram @oliviarodrigo
Et si Olivia Rodrigo avait été immortalisée par Le Caravage ? La chanteuse a opté pour une peinture pour illustrer la pochette vinyle de son album, you seem pretty sad for a girl so in love : une œuvre de l'artiste canadienne Chloe Wise, intitulée Carve Our Names. On y découvre Olivia Rodrigo devant un décor végétal luxuriant, le regard fixé sur le couteau à cran d'arrêt qu'elle tient dans la main.
Chloe Wise, Carve our names, 2026. Artwork: Chloe Wise
Olivia Rodrigo avec son disque vinyle. Instagram @oliviarodrigo
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Pop girls et peinture à l'huile
Olivia Rodrigo n'est pas un cas isolé. En octobre 2025, Lily Allen dévoilait West End Girl, son album de l'après-divorce, avec une pochette signée de la peintresse espagnole Nieves González. Quelques mois plus tard, Mitski faisait appel à l'illustrateur et peintre Marc Burckhardt pour Nothing Is About to Happen to Me. Olivia Rodrigo et Lily Allen renouent avec la tradition du portrait pop, dans la lignée de Lorde, dont Melodrama arborait en 2017 une peinture de Sam McKinniss, ou encore de Lucy Dacus, qui choisissait l'an dernier une œuvre de Will St. John pour Forever Is a Feeling. Mitski, elle, préfère une scène en mouvement : un chat roux, crocs apparents, s'apprête à bondir sur un majestueux chat blanc.
- Par Elise Fabre
*West End Girl*, 2025, de Nieves González. Nieves González
Les codes de la peinture baroque
Les portraits de Olivia Rodrigo comme de Lily Allen reprennent plusieurs codes de la peinture baroque. Clair-obscur marqué, palette sourde, tension dramatique : autant d'éléments qui contrastent avec des silhouettes résolument contemporaines. Sur la pochette d’Olivia Rodrigo, la chanteuse porte une robe fleurie rose ornée d'un col Claudine brodé. Lily Allen apparaît, quant à elle, dans une imposante doudoune bleu et blanc à pois, associée à une jupe bordée de dentelle et des bottes montantes assorties.
Au-delà des vêtements ou de la musique, ce recours aux beaux-arts, et plus particulièrement à des artistes dont l'esthétique dialogue avec celle des maîtres anciens, rappelle combien la musique et la peinture traversent les siècles. Même vêtue de son col Claudine, Olivia Rodrigo contemplant la lame qu'elle tient entre les doigts évoque une scène intemporelle : celle d'une femme consumée par les tourments amoureux. De son côté, malgré son manteau spectaculaire, Lily Allen exprime une douleur conjugale qui dépasse largement son époque.
Il est probable que les années 2020 laissent dans l'histoire de la musique l'empreinte des sons générés par ordinateur, des synthétiseurs omniprésents, des effets numériques et de l'arrivée irréversible de l'intelligence artificielle dans le paysage musical. Si de nombreux artistes continueront sans doute à défendre une création sonore profondément humaine, leurs images racontent déjà cette même fidélité. En faisant appel à des peintres plutôt qu'à des outils génératifs, ils réaffirment la valeur du geste, de la matière et de la main humaine.
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