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« LOL 2.0 », « Hurlevent », « Aucun autre choix », « L’Infiltrée », « Les Enfants de la résistance »… Les films à voir (ou à éviter) cette semaine

Vous avez le choix entre le retour inspiré de Sophie Marceau, une relecture fiévreuse des Hauts de Hurlevent, une comédie noire signée Park Chan-wook, une dystopie brésilienne bouleversante sur la vieillesse et le come-back insolent de Sam Raimi.

par Florence Colombani - Jean-Luc Wachthausen - David Doucet - Philippe Guedj - Jérôme Cordelier - Romain Brethes - Olivier Ubertalli

 

Publié le 10/02/2026 à 10h00

Dix-huit ans après le film culte, LOL 2.0 voit Lisa Azuelos retrouver Sophie Marceau dans une suite centrée sur Louise, la petite sœur de Lola. Sortie le 11 février 2026. © DR

Porté par l’impressionnant démarrage de Marsupilami, qui frôle le million d’entrées dès son premier week-end, le cinéma français démarre l’année en fanfare. La comédie de la Bande à Fifi s’installe largement en tête du box-office, devant Gourou, qui poursuit sa belle trajectoire, tandis que La Femme de ménage complète le podium.

Dans ce paysage dominé par ces locomotives populaires, LOL 2.0 vient jouer les prolongations feel good, avec une Sophie Marceau lumineuse dans cette suite d’une comédie générationnelle devenue culte. Autre curiosité très attendue, Hurlevent : relecture fiévreuse et très personnelle du roman d’Emily Brontë, portée par Margot Robbie et Jacob Elordi.

La semaine laisse aussi de la place aux auteurs. Park Chan-wook détourne Le Couperet de de Donald E. Westlake en comédie noire acide, Sam Raimi retrouve la veine insolente de sa série B avec Send Help, et Gabriel Mascaro signe avec Les Voyages de Tereza une dystopie politique au Brésil autour de la vieillesse, récompensée par le Grand Prix du jury à la dernière Berlinale.

À côté de ces têtes d’affiche, d’autres films méritent le détour : L’Infiltrée, première réalisation d’Ahmed Sylla, réussit une comédie taillée pour les séances pop-corn en famille ; Les Dimanches touche par sa délicatesse et son regard sur la foi, tandis qu’Urchin impressionne par son âpreté et son attention aux corps abîmés. Enfin, le documentaire It’s Never Over, Jeff Buckley fait revivre une idole des années 1990. 

« LOL 2.0 » ★★★★

Sophie Marceau en forme

Anne et sa fille sont de retour devant la caméra de Lisa Azuelos qui, avec LOL, signait en 2008 une jolie comédie générationnelle sur les vertiges des premiers amours et l’alchimie secrète entre parents et enfants. Ce fut un gros succès dans lequel ces derniers se reconnaissaient, comme dans La Boum des années plus tôt. Autant dire un bail par rapport à cette suite, LOL 2.0, qui annonce une révolution avec Instagram, Facebook, Tinder, l’iPhone, ChatGPT et aussi les « enfants boomerang » qui reviennent à la maison après l’avoir quittée.

Ce qui arrive à Anne/Sophie Marceau, 55 ans, qui aimerait profiter de sa liberté après le départ de ses enfants mais voit revenir chez elle sa fille Louise (Thaïs Alessandrin), après un échec professionnel et sentimental. Rien n’a changé entre elles. Autre surprise : son fils, Théo (Victor Belmondo), lui annonce qu’elle va devenir grand-mère. Pas de quoi affoler Anne, plutôt zen. Pas d’artifices chez elle, ni de peur de vieillir. Les rides lui vont bien, n’ont pas entamé sa fantaisie ni son optimisme. Elle prend la vie comme elle vient, rêve encore à l’amour qui a la forme d’un homme avec un gros chien blanc (Vincent Elbaz).

Dans le registre sensible d’une quinquagénaire qui assume, Sophie Marceau est drôle, naturelle, inattendue, parfaitement dans le ton face à Thaïs Alessandrin, huit ans à l’époque du premier LOL et vingt-trois ans aujourd’hui. Une comédie romantique qui fait du bien.

Jean-Luc Wachthausen

« Hurlevent » ★★★★

Hommage fiévreux

Dire que la réalisatrice britannique Emerald Fennell (Promising Young Woman, Saltburn) livre ici une adaptation des Hauts de Hurlevent paraît exagéré tant elle a choisi de réduire l’intrigue du roman d’Emily Brontë en se concentrant uniquement sur la relation complexe de Cathy (Margot Robbie) et Heathcliff (Jacob Elordi), en supprimant au passage beaucoup de personnages et notamment toute la deuxième génération. Ce Hurlevent-là restitue plutôt un souvenir de lecture, un tourbillon d’émotions très personnel remontant en partie à l’adolescence. Il faut accepter ce parti pris – certes radical – pour que l’expérience de Hurlevent se révèle passionnante.

Dans cette version de l’histoire, le couple Heathcliff-Cathy occupe donc toute la place, leur amour fusionnel prend une connotation sadomasochiste et les rares autres personnages (Nelly, servante chez Brontë devenue ici dame de compagnie, et les voisins Edgar et Isabella Linton) n’existent que pour barrer la route à une liaison torride fantasmée par la réalisatrice. Esthétiquement, le film surprend en permanence, mêle hommage aux grands mélos hollywoodiens, décors inquiétants à la Tim Burton et bande-son originale de Charlie XCX. Avec ces ingrédients disparates, Emerald Fennell réussit une histoire d’amour enfiévrée excellemment jouée par deux stars charismatiques et portée par la langue de Brontë, que les dialogues restituent souvent au mot près.

Florence Colombani 

« Aucun autre choix » ★★★★

Comédie noire

Le pitch d’Aucun autre choix est simple, radical : après avoir été licencié d’une usine de papier, You Man-su, un père de famille tranquille qui aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison, se retrouve au chômage et décide d’éliminer physiquement tous les autres candidats susceptibles d’obtenir le poste qu’il convoite. Costa-Gavras en avait déjà fait un drame implacable, Le Couperet (2005), en adaptant le roman The Ax, de Donald E. Westlake.

Le cinéaste coréen Park Chan-wook s’en empare à son tour et opte pour une comédie noire portée par son acteur fétiche, Lee Byung-hun (tête d’affiche de la série Squid Game). L’occasion pour ce grand styliste, explorateur raffiné de la nature humaine, de démonter ici les mécanismes de la violence chez un homme ordinaire et d’alterner scènes rocambolesques et familiales. Avec, à la clé, une réflexion sur les conséquences de la robotisation et du capitalisme sauvage à la coréenne.

Jean-Luc Wachthausen

« Send Help » ★★★

Le retour du Sam Raimi insolent

Linda (Rachel McAdams), conseillère en stratégie d’une grosse entreprise californienne, se retrouve coincée sur une île déserte avec son odieux jeune boss Bradley (Dylan O’Brien), après le crash du jet de la société qui les emmenait à Bangkok pour la signature d’un gros contrat. Harcelée et moquée au boulot mais adepte de survivalisme, Linda inverse le rapport de pouvoir avec l’irascible Bradley, qui dépend désormais de sa subordonnée pour survivre.

Le Sam Raimi de Send Help, on ne l’avait plus revu depuis Drag Me to Hell – son épatant petit thriller surnaturel et gore sorti en 2009, lui-même retour du grand Sam aux frissons de ses Evil Dead de jeunesse. Autant dire qu’en soi, la sève de série B sanguinolente coulant dans les veines de ce nouveau long métrage réjouira tous les fidèles du cinéaste, inquiets de voir son insolence dévitalisée par l’univers Marvel depuis Dr Strange in the Multiverse.

Pertinent, virtuose, amusant, le film nous divertit sans mal à condition de fermer les yeux sur un scénario dérivant toujours plus vers l’outrance, la farce et un second degré pas toujours finaud. À l’arrivée : une œuvre mineure dans son CV, mais le cœur du Sam Raimi qu’on aime palpite toujours !

Philippe Guedj

« Les Voyages de Tereza » ★★★★

Quand la vieillesse devient une cible

Avec Les Voyage de Tereza, Gabriel Mascaro réussit un film politique puissant. Dans un Brésil à peine futuriste, l’État décide de reléguer ses personnes âgées dans des colonies censées leur offrir une fin de vie « digne ». Les cheveux blancs sont traqués, peu à peu exclus de l’espace public, la carte d’identité des seniors réclamée pour le moindre geste de la vie quotidienne. Face à cela, Tereza, 77 ans, refuse d’obéir. Plutôt que l’exil, elle choisit la fuite et transforme sa cavale en odyssée.

Mascaro filme ce refus sans grand acte de résistance spectaculaire. Il privilégie l’ironie douce et le burlesque. À travers des paysages splendides, le film épouse le rythme de son héroïne, qui remonte l’Amazone en bateau : lent, parfois hésitant, mais toujours animé par une joie souterraine. Denise Weinberg prête à Tereza une présence magnétique, pleine de malice, de vulnérabilité mais aussi de résistance lumineuse. Chaque rencontre qu’elle parvient à faire, elle qui a passé sa vie à l’usine, devient une manière de reprendre possession de son temps et de sa vie.

Sous ses airs de fable, Les Voyage de Tereza interroge frontalement notre rapport à la vieillesse. Que fait une société de celles et ceux qui ne « servent » plus ? Sans jamais appuyer son propos, Mascaro esquisse une dystopie troublante, où l’absurde bureaucratique et totalitaire se heurte à la poésie et à la joie d’une femme héroïque. 

David Doucet

« Urchin » ★★★★

Errance

Harris Dickinson est un comédien prometteur (vu récemment en jeune amant de Nicole Kidman dans Babygirl), certainement appelé à devenir une grande star (il sera John Lennon face à Paul McCartney/Mescal dans les quatre films de Sam Mendes sur les Beatles). Il démontre dans ce premier long métrage comme réalisateur, né de son travail caritatif auprès des sans-abris londoniens, une grande qualité de regard.

L’anti-héros du film s’appelle Mike (Frank Dillane, prix mérité du meilleur acteur au dernier Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard pour ce rôle), c’est un jeune homme en perdition, pris dans un cycle infernal de consommation de drogue. La caméra reste à distance, observe avec compassion la souffrance qui affleure, l’incapacité à changer, les moments de joie où tout semble oublié. Le résultat est un film éprouvant mais beau, héritier du Ken Loach des débuts.

Florence Colombani 

« L’Infiltrée » ★★★

Quand on a découvert la bande-annonce de L’Infiltrée, on doit bien vous avouer qu’on a craint la catastrophe industrielle. Et puis, contre toute attente, le film avance, les sourires arrivent (dès les premières secondes, Michelle Laroque en cheffe de la police, qui débarque avec du Kaaris dans les oreilles), et on finit même par rire de bon cœur.

Ahmed Sylla, qui signe ici son premier long métrage, incarne Maxime, un policier de terrain poissard, un peu mis au placard. Lorsqu’on lui propose une mission aussi improbable que risquée : infiltrer un gang de criminelles insaisissables, exclusivement féminin, il accepte. Solution absurde mais imparable : pour cela, il doit se grimer en femme et devenir « Lupita ».

Le film fonctionne parce que ses blagues sont bien écrites et qu’il ne se contente pas d’aligner les gags visuels. Kaaris est une vraie surprise, en parrain tiré à quatre épingles, de cette bande de criminelles badass, amateur de sucettes à la pastèque et ayant la fâcheuse manie de ne jamais terminer ses menaces. Celui qui a terrorisé le rap français avec Zoo n’hésite pas à rire de lui-même et confirme qu’il possède de réelles prédispositions pour le cinéma. À ses côtés, Sandra Parfait, très juste, impose une présence solide et charismatique.

Habitué aux transformations, Sylla évolue ici comme un poisson dans l’eau, multipliant les situations absurdes sans jamais forcer le trait. Seule la conclusion, un peu bâclée, laisse un léger goût d’inachevé. Rien qui empêche L’Infiltrée d’être ce qu’elle est : une comédie populaire, familiale, et bien plus drôle qu’elle n’en avait l’air.

David Doucet

« Les Enfants de la résistance » ★★★

Jolie réussite

Attention phénomène ! Les Enfants de la résistance est l’adaptation de l’un des succès les plus surprenants et les plus réjouissants de la décennie écoulée. Cette série de bande dessinée franco-belge, signée par deux auteurs belges (Vincent Dugomier au scénario, Benoît Ers au dessin), s’est en effet écoulée à deux millions d’exemplaires depuis la parution de son premier volume en 2015. 

Elle relate l’histoire – totalement fictive – d’un trio de gamins qui organisent de toutes pièces un réseau de résistance baptisé le Lynx pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans le petit village imaginaire de Pontain-l’Écluse, en pleine zone occupée, François, Eusèbe et Lisa, une petite Allemande orpheline dont les parents étaient des opposants aux nazis, décident de lutter contre l’occupant, avec toute la détermination et la force morale de leur âge.

Le choix pour cette adaptation de Christophe Barratier, spécialiste du film à hauteur d’enfants (Les Choristes, La Nouvelle Guerre des boutons), pouvait soulever quelques doutes, le réalisateur ayant la réputation, pas totalement usurpée, de forcer sur la reconstitution jaunie et nostalgique d’une France idéalisée. Mais ces Enfants de la résistance sont une jolie réussite. Barratier réussit notamment la délicate transposition des multiples tonalités qui traversent la série, en s’appuyant sur une distribution au sommet de laquelle trône un Artus bluffant et impeccable en père taiseux de François, rescapé de la Grande Guerre. De l’innocence façon Petit Nicolas à la violence froide et glaçante des premières représailles, c’est le sens tragique de l’Histoire que convoque ce film, en un temps où il frappe de nouveau à notre porte.

Romain Brethes

« Les Dimanches » ★★★★

Mystères de la foi

Voici un film – en apparence – à contre-courant, qui risque d’en bouleverser plus d’un par la grâce qu’il dégage. Anaira, jeune fille de 17 ans qui s’apprête à passer son bac et à suivre des études universitaires, vit à Bilbao avec ses deux petites sœurs, son père, restaurateur, et la compagne de celui-ci, après la mort de sa mère. Une vie tranquille, rythmée par le lycée, la chorale, le repas du dimanche où s’adjoignent la grand-mère, la tante, son conjoint et son fils.

Le père est un catholique bon teint, sans excès, qui se trouve désemparé lorsque sa fille lui annonce qu’elle veut entrer dans les ordres, voire « s’enfermer dans un couvent avec de vieilles religieuses », comme le lui lance sa tante, athée, qui ne comprend pas ce choix et fait tout pour l’en dissuader. Pourquoi abandonner les études et son petit ami Mikel, qui lui tend les bras ? N’agit-elle pas sous le coup d’une fragilité causée par la perte de sa mère, qui la rend vulnérable ?

Le choix d’Anaira bouleverse ce petit monde. Ses tourments intérieurs – et ceux de ses proches – sont filmés sans fioritures, sans clichés ni caricatures : la jeune Ainara (Blanca Soroa) laisse entrevoir ce qui la taraude sans trop en dire, juste par le regard et un sourire de Joconde. Face à elle, Patricia Lopez Arnaiz, qui joue sa tante Maïté, incarne à merveille tous les registres, de la bonté à la colère.

La quadragénaire Alauda Ruiz de Azua filme ce cheminement avec délicatesse et simplicité, auréolé par la musique aérienne de Nick Cave. Primée au Festival de San Sebastian, cette pépite est une pause enchanteresse dans notre monde où la brutalité fait loi.

Jérôme Cordelier

« Soulèvements » ★★★

Chronique d’une radicalité assumée

Accusés de radicalité, qualifiés d’« écoterroristes » par Gérald Darmanin et pointés du doigt pour leur recours aux dégradations et aux sabotages, les Soulèvements de la Terre sont devenus l’un des mouvements écologistes les plus débattus. C’est à ces militants que Thomas Lacoste choisit de donner la parole dans Soulèvements, à travers un film choral assumé.

Le dispositif est simple : une suite de témoignages face caméra, parfois en duo, où chacun revient sur son parcours et les grands moments de lutte : Notre-Dame-des-Landes, Sainte-Soline, l’A69... Soulèvements est un plaidoyer, et il faut le prendre comme tel. Il devient alors intéressant, presque sociologiquement, tant il montre des femmes et des hommes qui ont fait de la cause environnementale l’axe central de leur vie et qui se racontent sans détour. « Je suis fils de paysan, les arbres, les champs, les bêtes, ça me parle vraiment fort, c’est comme si on perdait des potes », confie l’un d’eux au bord des larmes.

On regrette toutefois que le dispositif cinématographique reste aussi dépouillé. Alors que les intervenants évoquent la vie sur les ZAD, la dimension communautaire et la stimulation artistique de ces espaces, on n’en voit quasiment aucune image. Certaines séquences évoquées — comme cette opération surréaliste d’une « armée de cerfs-volants » larguant des lentilles d’eau pour bloquer une méga-bassine — restent ainsi à l’état de récit.

Ce choix va de pair avec une présentation brute : hésitations conservées, petites tensions entre les intervenants et discours assumant clairement que la loi ne constitue plus, à leurs yeux, un cadre légitime. Soulèvements fonctionne ainsi moins comme objet de cinéma que comme document pour comprendre les ressorts d’un mouvement devenu incontournable (110 000 personnes revendiqués, en juin 2023). Et c’est peut-être là son véritable projet : non pas emporter l’adhésion, mais rendre visibles celles et ceux qui estiment n’avoir plus d’autre option que la rupture.

David Doucet

« Stand by Me » ★★★★

La meilleure adaptation de Stephen King

Été 1959. Quatre gamins de Castle Rock, Oregon, partent à la recherche du cadavre d’un adolescent disparu, le long d’une voie ferrée. Adapté de la nouvelle The Body de Stephen King, Stand by Me fête déjà ses quarante ans et son charme n’a toujours pas déraillé d’un pouce. Rob Reiner a tourné ce petit miracle entre deux comédies plus extraverties (Garçon choc pour nana chic et Princess Bride), presque en catimini, avec un casting de gosses alors peu connus — River Phoenix, Wil Wheaton, Corey Feldman, Jerry O’Connell.

À sa sortie, le film surprend pour une production labellisée Stephen King. Pas de monstre, pas de surnaturel : juste une histoire fidèle au style du romancier dans son registre le plus intime, celui de la mémoire et de la perte d’innocence. Ne vous privez pas du plaisir de prendre le train en marche et de (re)découvrir en salle ce classique des magic eighties, par ailleurs l’une des adaptations préférées par King d’un de ses textes. 

Souvent hilarant, parfois angoissant, toujours attendrissant, Stand by Me vieillit encore mieux que le meilleur des bons vins. Il nous touche sans forcer, sans nous arracher les larmes à coup d’effets surdosés, rythmé par la voix off parfaite de Richard Dreyfuss dans le rôle du jeune Gordie Lachance devenu adulte. 

La photographie de Thomas Del Ruth capte cet été sans fin avec une justesse presque documentaire et Reiner, au sommet de son art, reconnecte nos mémoires à ce moment précis où l’enfance bascule sans retour. Un chef-d’œuvre ? Oui, sans aucun doute. Amusant : son succès remit au goût du jour le standard R & B/soul chanté en 1961 par Ben E. King (aucun lien avec Stephen !), de nouveau hissé vers les cimes des charts en 1986.

Philippe Guedj

« It’s Never Over, Jeff Buckley » ★★★

Le documentaire musical qui ranime la flamme

Il s’ouvre comme tant d’autres documentaires. Voix off compassées, « It’s Never Over, Jeff Buckley » semble d’abord cocher toutes les cases de l’hagiographie validée par la famille, la mère Mary. On rembobine la trajectoire du chanteur décédé en 1997 à Menphis : enfance cabossée, ombre écrasante de son père, le songwriter Tim Buckley, prodige révélé dans le bar d’East Village Sin-é, montée en puissance jusqu’à l’album Grace. Puis le film se déplie. Amy Berg, qui connaît le terrain des icônes brisées depuis Janis et West of Memphis, déplace lentement le curseur. Les louanges de ceux qui ont côtoyé Jeff Buckley laissent place aux voix intimes. Celle de Rebecca Moore, performeuse new-yorkaise, puis celle de Joan Wasser, alias Joan As Police Woman. Ex-petites amies, elles ne viennent pas sanctifier un mythe, mais remettre de la chair, du doute, de la contradiction dans la légende Buckley.

C’est là que le film s’embrase. À travers leurs souvenirs, on touche à ce qui faisait de Buckley bien plus qu’un “héritier de” : une liberté créative totale, une façon d’embrasser Leonard Cohen, Nina Simone, le paskitanais Nusrat Fateh Ali Khan, le rock le plus heavy et les ballades les plus nues sans hiérarchie. Ses démos, ses messages vocaux, ses hésitations sur scène disent une chose simple. Rien n’était joué d’avance, tout se rejouait à chaque note. L’album studio unique, Grace, apparaît alors moins comme un monument figé que comme la captation in extremis d’une recherche permanente.

Amy Berg filme aussi les failles. La mélancolie sous le charme, la fatigue derrière la grâce scénique, la dépression qui affleure sans être jamais transformée en storytelling morbide. La noyade de 1997, dans le Wolf River, revient comme un trou noir au cœur du récit, que le documentaire refuse de combler par une explication définitive. Reste un vide, celui laissé par un chanteur-guitariste qui, avec un seul album, a déplacé la pop et le rock des années 90, influencé des générations entières, de la scène indie aux songwriters les plus mainstream.

En refermant le film, on mesure que Buckley n’a pas dominé son époque. Il l’a fissurée et ouvert une brèche où fragilité, virtuosité et démesure émotionnelle pouvaient cohabiter. Près de trente ans après sa mort, sa voix continue de hanter les radios, les playlists et nos imaginaires. Amy Berg livre une réinvo­cation de Jeff Buckley, preuve qu’avec cette idole, comme dit le titre du documentaire, ce n’est jamais fini.

Olivier Ubertalli

Les étoiles du Point : ✩✩✩✩✩ : nul ; ✭ : mauvais ; ✭✭ : moyen ; ✭✭✭ : bien ; ✭✭✭✭ : excellent ; ✭✭✭✭✭ : exceptionnel.

 

Source : https://www.lepoint.fr

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