Bey, en deux parties : "Être honnête avec moi-même est une valeur cruciale dans ma musique"
Après avoir révélé le premier volume de son EP "Pas si différent" l'année dernière, Bey s'expose sous un jour plus sombre dans une seconde partie disponible le 5 février.
Maud Alexia Faivre, le dimanche 01 février 2026
Manichéen [adjectif et nom] : Qui apprécie les choses selon les principes absolus du bien et du mal, sans nuances et sans état intermédiaire. Bey [auteur, compositeur, interprète] : créateur de "Pas si différent", un double EP disponible le 5 février, avec un volume 1 qui touche la lumière, déjà paru en 2025, et le volume 2 à venir, plus sombre et abrasif.
Bey a le regard clair et ne semble pas (ou plus) se laisser impressionner par l'ombre. Au contraire, il l'embrasse pour mieux accueillir la lumière. C'est une formule qui résulte d'années de travail sur lui, sa musique, sa relation au monde et aux autres. Son double EP "Pas si différent" est une introspection qui oscille entre le manichéisme et toutes les nuances qui peuvent au contraire colorer notre environnement. S'il est plus sombre, le volume 2 met en lumière les relations toxiques, prend la forme d'un exutoire dans lequel la colère, la déception, le doute et la désillusion y ont toute la place. Un double EP manichéen, peut-être, mais Bey est fidèle à une valeur tout au long de ce projet : l'honnêteté envers lui-même.
Affiches Parisiennes : Le volume 2 de votre EP "Pas si différent" est une approche différente de la première partie. Entre les deux faces de ce projet, existe-t-il un pendant ou un effet miroir d'un titre à l'autre ?
Bey : D'une certaine manière, oui, mais pas directement. Je ne réponds pas aux morceaux de la première partie dans la deuxième partie, mais écrivant ce projet, c'est le jeune Bey qui commence à devenir adulte, et, petit à petit, à découvrir le monde, à l'explorer, à y trouver sa place. En tout cas, il cherchait sa place. Et à travers ses expériences et cette découverte, il se rend compte qu'il y a quand même deux faces au monde. Il y a le côté très joyeux, spectaculaire, le côté "je découvre des choses merveilleuses et des gens merveilleux tous les jours". Et il y a aussi le côté beaucoup plus sombre, beaucoup plus vicieux, plus insidieux de cette facette-là de la vie. C'est celle-là que j'ai voulu mettre en avant dans cette deuxième partie. Ce n'était pas réfléchi du tout à l'origine. C'est réellement venu pendant l'écriture du projet, et pendant la définition de la stratégie. Ce projet a deux ambiances différentes, presque deux esthétiques. Alors, pourquoi ne pas le sortir en deux parties ? Une un peu plus lumineuse, une autre plus sombre, qui sont, je pense, des parties indissociables de la vie. Ça y répond d'une certaine manière. C'est une manière manichéenne de voir le bien et le mal dans la vie.
[Les] moments de lumière sont d'autant plus sympas et jouissifs quand on a vécu une période d'ombre juste avant.
Au fil de l'écriture de votre EP et des thèmes qui sont abordés, est-ce que, selon vous, c'est plus facile de suivre la lumière ou de plonger dans l'obscurité ?
Je pense qu'on se sent sûrement mieux dans la lumière parce qu'on a plongé dans l'obscurité. L'un ne va pas vraiment sans l'autre. Je suis un grand fan d'animés, et, dans tous les animés, il y a toujours cette dualité ombre et lumière. Parce que c'est ça la vie aussi, nous avons toutes et tous des périodes de grand bonheur, et à la fois des périodes de déprime. Ces moments de lumière sont d'autant plus sympas et jouissifs quand on a vécu une période d'ombre juste avant.
Est-ce qu'il y a des choses en particulier dont vous avez pu vous défaire durant l'écriture et la réalisation de cet EP ?
Je pense qu'il y a vraiment la notion de se permettre de ressentir les choses qu'on ressent, de se permettre d'aller mal, de vouloir tout envoyer balader, et aussi de se permettre de prendre du plaisir et de ne pas se culpabiliser, se dire qu'on prend du plaisir alors que deux semaines auparavant, ça n'allait pas. Justement, il faut chérir chacun de ces moments, quand bien même ce sont des moments tristes, il faut se laisser l'espace de ressentir ce qu'on ressent dans ces moments-là.
Maintenant que le volume 1 est sorti, que le deuxième est prêt à être dévoilé, est-ce que ça vous a permis aussi de voir les choses sous un nouveau jour, de voir la lumière dans sa globalité ?
Ça me permet d'avoir une vision plus concrète, en tout cas des deux pans. Ça me permet de pouvoir vraiment profiter pleinement quand je suis dans la lumière, et d'essayer de me dire qu'il y aura une lumière au bout du tunnel quand je suis dans l'ombre.
Qu'est-ce qu'il faudrait absolument retenir de cette deuxième partie ? Quelle en serait la conclusion ?
Au cœur de ma musique, il y a une valeur qui est une des plus importantes pour moi : l'honnêteté avec soi-même et par conséquent, l'honnêteté envers les autres. Ce qu'on doit retenir, c'est qu'il faut essayer au maximum d'être honnête avec ce qu'on ressent et ce qu'on pense, quand bien même nous pensons différemment des gens, quand bien même il y en a qui ne sont pas d'accord autour de nous, nous vivons dans un monde où tout le monde a son avis et ses pensées, où chaque personne a ses valeurs et ses principes. Je pense qu'il faut juste avoir ce message d'acceptation de soi-même et des autres, et de se dire que c'est une richesse plus qu'autre chose, et que ces deux points-là représentent assez bien cette richesse.
Qu'est-ce que le Bey de cette deuxième partie dirait à celui de la première partie, et inversement ?
De ne pas oublier que tout peut se casser la figure. Que l'on peut souffrir, même quand ça va bien. Et juste, de profiter, globalement.
Peur de tout est un morceau que j'avais écrit en prenant un peu de recul et avec un certain ras-le-bol.
Vous ouvrez la deuxième partie de cet EP avec le titre Peur de tout, qui fait écho à Heathens de Twenty One Pilots. Est-ce qu'il y avait une volonté de réécrire ce titre pour l'adapter à vous ?
Je ne pense pas l'avoir réécrit. Twenty One Pilots est un des groupes qui m'a le plus inspiré dans ma vie parce qu'ils ont une facilité à toujours repousser les limites, qui est de prendre toutes les influences du monde qui sont absolument géniales, et d'en faire un tout ultra cohérent, pertinent, et unique surtout. J'avais toujours voulu faire un morceau en hommage à eux. J'étais au lycée quand Heathens est sorti, et ce titre m'avait tout particulièrement marqué. Il a ce truc un peu indescriptible, quelque chose de sombre, et en même temps, on a l'impression qu'on s'y plaît. Peur de tout est un morceau que j'avais écrit en prenant un peu de recul et avec un certain ras-le-bol. Les gens ne sont pas eux-mêmes parce qu'ils ont peur du regard des autres, ainsi que de leur propre regard envers eux-mêmes, parce que, parfois, ils sont trop durs avec eux-mêmes. Cette chanson était un regard désabusé sur l'idée d'être dans cette ombre, d'en avoir conscience et de s'y complaire, tout en s'en plaignant. C'est pour cette raison que la couleur harmonique de Heathens m'a très vite inspiré Peur de tout.
Vous concluez avec un titre très évocateur : Merci. Est-ce qu'avec ce morceau, on peut considérer qu'il y a un retour vers la lumière pour mettre un terme à cette part d'obscurité ?
C'est un peu ça. Merci est un morceau que j'ai écrit il y a trois ans. J'avais été trahi par la personne que j'aimais le plus sur cette terre, et je l'ai écrit à chaud, notamment dans le premier couplet avec "Mon Dieu, mon monde s'écroule, qu'est-ce qui se passe ?". En fouillant dans les maquettes, à chercher un morceau à rajouter dans ce projet-là, je suis retombé dessus. Aujourd'hui, je ne l'aurais pas du tout écrit comme ça, parce que j'ai du recul sur cette situation. Le message, pour moi, de ce morceau, ce n'est pas tant le fond qui compte, c'est surtout ce qui en découle. C'est un morceau qui parle de tromperie, de rupture, mais qui parle aussi d'être en paix avec ça, et de pouvoir avancer. Finir par Merci, c'est assez symbolique dans le sens où, et ça rejoint aussi tout ce que je disais avant, il faut chérir ces moments-là, et être capable d'avancer malgré tout, d'en tirer des leçons, et de se dire qu'on en sortira plus grandi, que ce sera une richesse de plus dans notre jeu de cartes.
Vous parlez de prendre du recul. Maintenant que ce projet est quasi complet en termes de diffusion, avec le recul, qu'est-ce qui a été le plus facile à écrire entre les deux volumes ?
Je ne pense pas qu'un partie a été plus facile que l'autre à écrire. C'est vraiment aléatoire en fonction des morceaux. Je sais que je ne me force jamais à écrire. J'écris toujours selon une impulsion que j'ai à un instant T. C'est comme des pense-bêtes. J'ai pensé telle chose à ce moment-là, c'est mon thème, j'élabore dessus. Sur le moment, c'est assez facile à écrire, même s'il s'agit de sujets durs et qui, parfois, font couler des larmes pendant qu'on écrit. C'est aussi ça le jeu quand on est artiste. Mais il n'y en a pas une qui a été plus dure à écrire que l'autre. C'est vraiment quelque chose d'assez complet. Il y a forcément des morceaux sur lesquels j'ai passé beaucoup plus de temps parce que je suis control freak, et que lors de la production, je voulais que tout soit parfaitement millimétré. Mais ça a été quand même assez homogène dans ma manière de créer ce projet.
Où est-ce que nous allons avec ce projet ?
Nous allons vers un chemin plus clair et plus mature pour la suite. Nous allons vers une merveilleuse date à La Boule Noire qui a été sold out en très peu de temps. Je suis très content, j'ai beaucoup de chance d'avoir ça. Je le fais avec une équipe géniale. Je suis heureux de l'entourage que j'ai aujourd'hui. Il est en partie dû à toute la réflexion qu'il y a eu derrière ce projet, parce que ça m'a permis de me développer humainement, et de comprendre des choses sur moi. Ça m'a fait comprendre que les autres étaient une richesse monumentale, et qu'il fallait leur faire confiance. Et que non, tout le monde n'est pas contre soi. Je vais vers un avenir beaucoup plus positif, vers un avenir humain, rempli de bonnes personnes et de bonnes expériences. J'espère en tout cas.
"Pas si différent" (Volumes 1 et 2) de Bey, disponible le 5 février.
Le Volume 1 à découvrir sur toutes les plateformes d'écoute en streaming.
Les singles Taches d'encre et Chien d'amour déjà disponibles.
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Source : https://mesinfos.fr