Plutôt vie en rose ou blues sentimental ? Moi & Michael, un artiste, deux génies
C'est avec "Bien cordialement," un premier EP pétillant empreint d'un univers ultra réaliste sorti le 21 novembre dernier, que Moi & Michael a surgi sur la scène musicale française.
Maud Alexia Faivre , le mercredi 21 janvier 2026
Contre injonction à la parentalité, lettre de désamour à son ex, aigreur qui vient avec l'âge... L'encre de Moi & Michael est faite de second degré et sa plume trace des textes surprenants, mais surtout drôles. En novembre dernier, il a sorti son très réussi EP "Bien cordialement", et a mis une sacrée ambiance au mois de décembre aux Trois Baudets à Paris entre conversation avec sa psy, faux billets et vrais préservatifs. Vous saisissez le décor ?
Derrière Moi & Michael, il y a juste Michael mais surtout du génie. Tout vêtu de bleu et de rose, le chanteur arbore un faux-air de personnage aigri, contraste qui rehausse son talent pour transformer un concert en un véritable one-man show.
Affiches Parisiennes : Quelle est la dose de second degré que vous introduisez dans vos textes ?
J'essaye de le doser pour qu'on ne se dise pas non plus que c'est du sketch ou que je suis un chanteur humoriste. Dans la vie, c'est vrai que j'ai du second degré, alors je l'utilise aussi sur scène. Mais j'essaie toujours d'équilibrer pour qu'on comprenne que c'est la musique qui est importante : les mélodies, le rythme, mon interprétation... Après, ma manière d'écrire est ce qu'elle est. J'aime bien partir d'un sujet, finalement, assez commun, comme la rupture, l'amour, le temps, arrêter de faire des gosses, et me demander comment je peux faire en sorte que l'histoire que je raconte tourne mal, un peu comme dans un film d'horreur. Je cherche le scénario le plus catastrophique possible.
Si vous deviez réaliser un film catastrophe, comment est-ce que vous l'imagineriez dans ce cas-là ?
Franchement, peut-être dans l'idée de mon titre Arrêtez de faire des gosses, c'est-à-dire des enfants qui prendraient le contrôle du monde.
Visuellement, vous êtes attaché aux couleurs bleu et rose. Pourquoi ?
À un moment donné, j'ai commencé à me construire une identité visuelle. Et j'ai fait une séance photo avec Caroline Sénécal, une amie qui est en charge de toute la direction artistique du projet. Je suis venu ce jour-là avec une chemise rose satin et un pantalon bleu. Nous avons fait cette série de photos où, d'ailleurs, je suis avec un énorme cocktail. Je me suis dit que ça marchait trop bien, que c'était flashy, tandis que je fais la tête sur la photo. C'était parfait pour me représenter ce côté flashy et déprimé.
Je devais arrêter cette timidité, d'avoir peur d'aller devant les gens, de les décevoir.
Qui est "Moi" et qui est "Michael" ?
C'est mon double. "Moi", c'est celui qui est là, devant vous actuellement. Celui qui est toujours un peu fatigué, qui a du mal à se lever le matin, qui n'est pas un cuisinier hors pair, et qui n'est pas forcément à l'aise tout le temps. C'est le moi du quotidien. Et Michael, lui, il va sur scène, il parle aux gens finalement avec pas mal d'aisance.
Comment avez-vous créé ce personnage, à avoir cette dissociation-là entre Michael et vous ?
En fait, c'est venu un peu, pas par hasard, mais j'écoutais une chanson de MGMT qui s'appelle Me and Michael. Au début, j'ai pensé prendre ce nom et dans les mois qui ont suivi, j'ai traduit en français, puisque je fais de la chanson française. Comme je suis resté pas mal d'années dans ma chambre à faire mes compositions tout seul, à tout arranger, sans oser aller sur la scène, je me suis dit qu'il fallait que Michael naisse. Je devais arrêter cette timidité, d'avoir peur d'aller devant les gens, de les décevoir. Michael est né il y a à peu près deux ans. Un beau bébé !
Comment se passe le développement de ce projet ?
Franchement, c'est cool. Je me suis mis à mi-temps dans mon travail pour me consacrer exclusivement à mon projet musical. C'est toujours une exploration du quotidien, mais j'ai l'impression de m'être trouvé moi-même. Pendant longtemps, je me suis demandé si j'allais y arriver. Et, au fond, c'est plus fort que moi, c'est moi. Il a fallu à un moment donné que je le fasse. Donc, je suis plutôt content.
Arrêtez de faire des gosses, c'est une vraie histoire...à la suite d'une réunion parents-professeurs.
Quelle est la part de réalité dans vos chansons ?
Dans Va Crever, par exemple, j'ai écrit ça à la suite d'une rupture. C'est quelque chose que tout le monde a, je pense, un jour vécu, et c'est toujours quelque chose d'un peu, voire même très douloureux. Mais la part de réalité, c'est ça, c'est que je m'inspire de ce qui m'arrive, et ça me donne l'énergie pour écrire des chansons. Et en même temps, dans cette chanson, c'est quelqu'un de dramatique, qui menace de se foutre en l'air, sans réelle intention de le faire. Ça, ce n'est pas du tout moi, et heureusement, j'ai envie de dire. Comme je le disais, j'aime bien développer des scénarios un peu catastrophes. Et Arrêtez de faire des gosses, c'est une vraie histoire...à la suite d'une réunion parents-professeurs.
Ves élèves seront ravis d'entendre ça !
Ils m'ont déjà posé la question. Je leur ai dit que non et qu'ils ne devaient pas s'inquiéter ! C'est juste une blague.
Vous débutez votre EP avec un titre qui s'appelle Vieux. Déjà, est-ce que vous, vous vous sentez vieux ?
Est-ce que je me sens vieux ? Plus qu'avant. C'est très logique, finalement. Je me suis toujours senti vieux, plus que mon âge, en tout cas. Mais vieux, non. Quand je vois des gens comme Philippe Katherine qui font ce qu'ils veulent et qui paraissent, pour moi, toujours jeunes, à vouloir créer exactement ce qu'ils veulent, de la manière dont ils veulent, sans se poser, justement, la question de l'âge... Je ne suis pas trop vieux pour faire ça. Jusqu'à 80 ans, je serai encore jeune si je pense comme ça.
Ensuite, vous finissez votre EP avec Seulement faire la fête, un contraste entre le fait d'être vieux, dans sa tête ou dans son corps, et une sorte de regain de jeunesse. Est-ce qu'on peut seulement vouloir faire la fête quand on se sent vieux ?
Peut-être en jet-setter... Cette chanson est un peu triste en réalité. Pour oublier le monde, il faut seulement faire la fête. Parce que dans toute la chanson, il y a également le fait de dormir, le sommeil. Et ça, ça me ressemble un peu. Je suis du genre à un peu trop procrastiner. Même si je travaille aussi pas mal, j'aime beaucoup dormir. Parfois, je dors aussi pour être dans un autre monde, entre guillemets.
Il s'agit de votre, vous en êtes au début de votre parcours. Qu'est-ce que vous attendez de cet EP, et de la manière dont les gens vont le recevoir, l'écouter, le prendre pour eux ?
C'est un rêve qui se réalise, dans le sens où depuis que j'ai l'âge de 16 ans à peu près, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis dit que ce serait cool d'écrire des chansons. Sortir ce premier EP, c'est déjà un aboutissement. Ensuite, comment les gens vont le recevoir ? J'espère que ça va être un peu un exutoire pour eux de chanter Va crever dans leur douche, Pauvre tâche, Vieux... J'espère qu'ils vont pouvoir un peu lâcher ça et dire ça aux gens de leur famille, comme si c'était un peu le nouveau je t'aime.
Quelle va être la suite pour Michael et pour vous ?
Je vais faire en sorte de défendre cet EP comme je peux, trouver des dates avec Olivier, mon producteur, pour jouer. Nous étions très focalisés sur la date des Trois Baudets, qui a été filmée en intégralité. Je vais pouvoir partager ça avec les gens. Je l'ai vécu avec une telle intensité que je suis trop content d'avoir les images de ce moment. La suite, c'est essayer de diffuser les chansons, d'utiliser justement ce second degré sur les réseaux, pour pouvoir amener les gens à ça. J'espère pouvoir les rencontrer en live le plus vite possible.
Source : https://mesinfos.fr