Avec “Maison”, Coline Rio offre un album lumineux pour les âmes en quête de refuge
Étoile montante de la scène musicale française, Coline Rio a sorti son deuxième album, "Maison", le 10 octobre dernier. Un projet qui pousse les murs et consolide les fondations de son talent créatif.
Maud Alexia Faivre , le jeudi 11 décembre 2025
Coline Rio, c'est l'artiste qu'on a envie d'emporter partout avec soi : dans le train à la recherche de nouveaux horizons, sur un sentier le long de la mer, les cheveux balayés par la brise salée, ou dans les rues pavées lors d'un jour d'automne pluvieux. Avec "Maison", son deuxième album sorti le 10 octobre dernier, on s'imagine dans une bâtisse en pierre, au coin du feu de cheminée, à redécouvrir son passé, au travers de souvenirs plus ou moins douloureux, de rêves même.
Tout n'est que réminiscence, et c'est peut-être là le mot d'ordre, notamment avec le titre Grand-mère, single phare de ce nouveau projet. Coline Rio nous emmène en bal(l)ade, ses mélodies résolument folk et ses textes guident nos pas en notre for intérieur, dans cette maison, des fondations qui ne demandent qu'à tenir face aux joies et aux peines, jusqu'à cette petite lucarne qui permet à l'espace d'être baigné de lumière... Ou la promesse de trouver un peu de paix.
Affiches Parisiennes : Mettre des maux sur les mots, est-ce que c'est une inépuisable source d'inspiration pour vous ?
Coline Rio : Je pense que c'est forcément inspirant, parce que ce qui nous touche au plus profond, ce qui crée parfois des chocs émotionnels, ça a un impact très fort sur qui on est. C'est inspirant, mais ça n'est pas une obligation. C'est parce qu'il y a eu des choses difficiles que ça m'a inspirée ce que j'ai écrit, mais il y aurait eu de la joie ou des choses beaucoup plus simples à vivre, ça aurait été très bien aussi pour écrire. Plus difficile peut-être, mais aussi intéressant. Et c'est inépuisable, mais ça a des limites aussi... Parce que l'idée, c'est quand même d'être heureux, mine de rien. Mais ce qui est sûr, c'est que ça fait partie aussi du processus de guérison que de mettre des mots, que ce soit à travers la chanson, qu'à travers l'écriture, l'art. Même si on n'est pas artiste, c'est hyper bien de mettre des mots sur les difficultés.
Dans le récit que vous construisez à travers votre musique, quelle part laissez-vous à la fiction et à la réalité ?
Globalement, moi, c'est très dans la réalité. Il y a très peu d'inventions. Dans le titre Grand-mère, je raconte un vrai rêve que j'ai fait, une nuit où ma grand-mère est venue me visiter. Nous avons parlé toute la nuit ensemble, elle était jeune. C'était vraiment incroyable comme moment. Je l'ai vraiment vécu à travers le rêve. Sinon, je parle énormément d'émotionnel, de questionnements qui sont de vrais questionnements. Je vais rarement raconter des histoires. Je l'ai fait à une période, comme un conte ou un roman, mais c'était il y a longtemps. Avant de sortir mes albums, j'écrivais déjà, et je faisais des concerts. J'avais tout un univers, et il y avait beaucoup plus de contes de fiction. Aujourd'hui, c'est plus dans la confidence.
Ce deuxième album est pensé presque comme une montée d'escalier où on marche vers le mieux
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Quel parcours suit-on au rythme des douze titres qui composent votre album ?
Ce deuxième album est pensé presque comme une montée d'escalier où on marche vers le mieux, un peu vers la lumière, dans le sens où on sort la tête de l'eau. C'est vraiment le fait d'aller vers l'avant. C'est pour ça qu'on commence par Sous la peau et Manteau chagrin, qui relèvent de ce qui est à vif, les blessures. Au fur et à mesure, il y a de plus en plus de lumière qui rentre dans le disque, on l'entend, j'ouvre vers ailleurs, même à travers La gentillesse ou La nouvelle lune. Je ne reste pas seulement dans mon vécu et des chansons très personnelles comme ça. C'est pensé comme une évolution positive.
Qu'est-ce qui était important pour vous de représenter dans ce projet ?
Le questionnement de construire sa propre solidité, la recherche de son lieu à soi, sa maison intérieure. Et forcément, qu'est-ce qu'il y aurait dans cette maison intérieure ? J'ai même questionné même ce que ça signifie maison, refuge, les fondations. De ça, ont découlé plein de questionnements sur le lieu à soi, et même des lectures que j'ai faites en parallèle. J'ai recherché à mettre dans cette maison des choses importantes, notamment l'amitié, la famille, l'amour, également l'amour de soi, la gentillesse. C'est vraiment la recherche de faire fleurir son être et se sentir bien avec soi-même.
Ce qui nous amène à votre titre Les Louves, qui tranche un petit peu avec cette maison intérieure...
Dans la maison intérieure, il y a la nature. Je pense que ça parle à beaucoup de monde, surtout pour les personnes qui vivent en ville, quand la nature devient un refuge. Et j'en parle dans mon disque. J'en parle dans Refuge aussi. Je parle des montagnes du Cantal qui sont pour moi un lieu refuge. Les Louves, c'était le questionnement de la femme sauvage. Retrouver un aspect plus primitif, la notion de la liberté. Comme dans Ami-amant aussi, c'est la notion de liberté d'aimer qui on veut, comme on veut, dans le respect, toujours, mais en oubliant les barrières du genre et les carcans sociaux. C'est aimer de manière libératrice. Les Louves, c'est être une femme dans son entièreté, donc dans son aspect aussi brut, dans sa laideur, sa complexité, dans son corps. Et c'est un texte qui a été inspiré de "Femme qui court avec les loups" de Clarissa Pinkola Estés. Ce sont des contes dans ce livre-là, avec plein d'histoires. Dès le début, j'ai été inspirée. Je me suis dit que je voulais chanter ces mots, tellement c'est sublime, et c'était axé avec ce que je recherchais. Pour moi, Les Louves ont totalement leur place dans la maison. Elles doivent exister dans cette maison.
On parle de nature, de liberté, et justement, vous avez enregistré dans des lieux éloignés de la ville. Si vous deviez poser et jouer votre musique dans un décor idéal, comment l'imagineriez-vous ?
Je vais rêver un petit peu, parce que là, je suis très pragmatique. J'ai tout de suite pensé technique, mais si je réponds dans la rêverie, j'aimerais énormément faire un concert près de la mer et les montagnes, les falaises, qui est cette immensité de la nature, impressionnante à travers les montagnes, et cette immensité de l'horizon qu'est la mer et qui symbolise tellement la liberté et l'inconscient aussi. Et comme cette maison dont je parle, c'est une maison qui est intérieure, c'est pour ça que j'ai fait ma pochette au bord de la mer. L'idée était d'avoir cette image de son inconscient. Pourquoi pas faire un concert au bord de mer ? Ça pourrait être génial. J'ai recréé l'espace de la maison pendant mes concerts. Il y a ma maison bleue qui est là, qui a été fabriquée en grand. Nous sommes à l'intérieur, sur des praticables, donc le public est inclus.
Quand on est dans la tristesse, ou qu'on est en train de vivre quelque chose, on ne voit pas ce qui peut se dégager et sortir de tout ça.
Est-ce qu'il y a un titre dans votre album pour lequel vous avez une préférence, que ce soit au moment de la composition, de l'écriture... un titre qui vous a marquée durant la création de ce projet ?
Très honnêtement, j'en ai plusieurs, parce que c'est un disque qui a été très émotionnel, donc chargé. Il y a eu plein de moments de fortes émotions. Et il y a une chanson qui, je trouve, a une assez belle histoire. C'est Sous la peau, la première chanson. Je m'étais isolée dans le sud de la France. J'étais dans une pièce en pierre voûtée, c'était magnifique, avec un piano, et j'ai beaucoup écrit la nuit, là-dedans. J'ai écrit Sous la peau, et j'ai été très émue en le faisant. Quand je l'ai enregistrée en studio, c'était pendant la période de la préproduction, donc avant d'être vraiment dans mon studio d'enregistrement dans Paris. Je l'ai fait d'abord isolée en campagne. Au moment de la chanter, j'ai été prise d'une émotion à la moitié de la chanson, et je me suis arrêtée parce que j'avais besoin de pleurer. J'ai voulu reprendre là où j'étais rendue pour terminer, symboliquement. C'était la première prise, j'ai fini en larmes. Nous avons continué ces deux semaines-là de préproduction, avec les arrangements.
Puis, je suis allée en studio où je travaille à Paris, à Ferber. Nous avons refait des voix, des prises, enregistré des musiciens, peaufiné. Mon coréalisateur voulait réécouter la première prise, que je ne trouvais pas écoutable. Il se souvenait de ce moment où il était dans la cabine avec ma productrice, et il a insisté pour la réécouter parce qu'ils avaient vécu un moment très fort et très beau. Il avait fait un montage sur le moment où je m'étais arrêtée. Avec le recul, j'ai trouvé cette prise tellement belle. Quand on est dans la tristesse, ou qu'on est en train de vivre quelque chose, on ne voit pas ce qui peut se dégager et sortir de tout ça. Et je trouve que c'est tellement à l'image de cet album...alors nous l'avons gardée. Je suis tellement heureuse qu'elle soit là, cette prise. C'est une jolie histoire, et ça ne m'était pas arrivé d'avoir des prises où je pleure en studio. C'était vraiment une première, et surtout de la garder... Je trouve que c'est assez joli.
Quelque chose d'encore plus authentique et sincère...
Complètement, oui. Et la prise était bien. Franchement, je n'avais aucune estime de ce moment-là, parce que je m'étais dit que je n'avais pas bien chanté. Mais la voix était là, l'émotion aussi. Simplement, dans ma tête, je n'étais que dans l'émotion.
Comment appréhendez-vous ce nouveau projet, maintenant que vous commencez à rayonner dans le paysage musical français ?
Je ne réalise pas trop. Je pense que ça prend son temps et c'est bien. Mon projet s'installe petit à petit, et je remarque, en effet, qu'on me reconnaît plus, ou que j'ai plus de réactions, que j'ai de plus en plus d'écoutes aussi. Ça, c'est trop bien. Ça se fluidifie encore plus et c'est juste génial. Ça permet aussi de se rendre compte que les choses se réalisent. Ça permet de voir que ça se passe et qu'on est en train de réaliser un rêve. Donc, pourvu que ça continue, j'ai envie de dire, c'est trop bien.
Si nous sommes en train de toucher la personne en face [...], peut-être que c'est ça qui fait de nous un ou une artiste.
Est-ce que vous avez le sentiment d'arriver dans une ère particulière de la chanson française, en particulier pour les artistes féminines ?
Oui, complètement. Il y a énormément de projets féminins qui sont vraiment géniaux. C'est hyper inspirant et excitant d'exister autour d'autant de femmes fortes qui mènent des projets. Je trouve que, dans la chanson française, comme je peux la faire, nous sommes peut-être un peu moins nombreuses, et que c'est peut-être un peu moins dans l'air du temps aussi. Je vois bien qu'il y a un décalage avec ce qui se fait aujourd'hui, ce qui sort, et ce que je fais moi. Pour autant, j'observe aussi que le public est là, et qu'il y a des personnes qui sont dans l'attente de cette musique-là, peut-être un peu plus à l'ancienne. Mais il y a encore la place et c'est trop bien. Donc, je vais continuer.
Quand vous faites un peu ce tour d'horizon, cet état des lieux, qu'est-ce qui fait, selon vous, un ou une artiste ?
Qu'est-ce qui nous définit comme artiste ? Je pense que ce n'est pas nous qui nous définissons comme artistes, mais les autres. Je l'ai vu dans le regard des autres, dans l'émerveillement que j'ai pu recevoir quand j'ai commencé à chanter mes premières chansons, l'engouement. J'ai pensé : "Ah ! Donc ça peut exister ailleurs que dans ma chambre". Il y a des réactions, l'émotion des autres. On se rend compte que, peut-être, ce que nous faisons, c'est un art qui touche ou qui ne touche pas, ce sont des questionnements. Est-ce que c'est de l'art ? En tout cas, pour moi, ça va être le moment où il y a vibration. Si nous sommes en train de toucher la personne en face, si on sent un retour, peut-être que c'est ça qui fait de nous un ou une artiste. Mais, honnêtement, c'est une question qui est difficile. J'y répondrai différemment, peut-être dans quelques années. Il y a plein de réponses, je pense.
"Maison", un album de Coline Rio (sorti le 10 octobre 2025)
À retrouver sur toutes les plateformes d'écoute en streaming
En concert à La Cigale le 4 juin 2026
Source : https://mesinfos.fr